Archive pour novembre 2006

10 façons de manger une maison d’édition…

Mardi 28 novembre 2006

Comme beaucoup d’entre vous, j’ai dans ma bibliothèque un petit paquet de jolis livres des Editions de l’Epure, connus pour leurs livres “10 façons de préparer”.

Pascale leur avait fait un joli billet il y a déjà quelques temps… On m’en a souvent offert (encore mieux que des fleurs pour un dîner, et bien moins chers, à 6 euros 50 !), et j’ai même des collectors que l’on m’a offert il y a déjà 15 ans, et désormais épuisé (je vous recommande si vous le trouvez chez un bouquiniste celui sur la banane, où vous apprendrez comment cirer vos chaussures, hilarant).
Les recettes sont drôles et originales, et ce “bel objet miniature” mérite que l’on s’y attarde. C’est un livre qui se mérite, il faut en couper les pages une à une, et apprécier la reliure cousue à la main. Avec un joli papier velouté, légèrement crème…qui vieillit bien. Qui d’autre qu’eux aurait eu l’audace de publier un livre consacré aux épluchures, au yuzu, au taureau de combat ? (pas de lien Amazon, seuls quelques titres sont disponibles en vente en ligne, allez donc chez votre libraire)

Or, il y a quelques jours, en ces périodes de pré-cadeaux, je me promène au Virgin le plus proche de chez moi… Et je découvre de loin le nouveau produit des Editions de l’Epure (en tout cas, ça m’y fait penser tout de suite) : un joli coffret-cadeau légumier, absolument ravissant avec ses marque-pages (j’en ai une belle collection, eh oui, pas étonnant que cela m’attire).

Je m’approche et oh surprise, ce ne sont pas du tout des petits livres de l’Epure, mais ceux d’une bien plus grande maison, Marabout. La ressemblance est frappante : même format, même genre de thème (tiens donc, sur mon obsession quotidienne, les fruits et légumes, mais c’est un hasard, avec des titres comme la tomate, le céleri, les légumes oubliés)… Les auteurs sont de bons auteurs, Kéda Black notamment (j’aime beaucoup ses cheese cakes et ses charlottes)… mais le papier est cheap, l’impression aussi, des agrafes et pas de reliure…
Réflexe professionnel, je tourne les pages, ‘imprimé en Chine’ (coucou Camille…), et réflexe consommateur, je cherche le prix : 35 euros, pour…30 livres.

Soit à pein plus d’1 euro le clône contre 6 euros 50 l’orginal. Waouh. Imbattable.Joyeux Noël les Editions de l’Epure !

Il est connu qu’une bonne idée se reconnaît à ce qu’elle est reprise et plagiée. Accusation fréquente quant aux recettes de cuisine et parfois difficilement démêlable (air du temps ? copie plate ? réintérprétation ?).
Mais entre l’inspiration (ainsi, toutes les photos des livres de cuisine se ressemblent en ce moment, la vogue des petits formats et petits prix fait pas mal d’émules et de vagues, nos étagères commencent à crouler) et le plagiat, à des conditions financières plutôt déloyales, il n’y a parfois qu’un pas… A ce compte, je m’inquiète (et nous sommes nombreux) de la survie d’une petite maison d’édition indépendante. Ce serait vraiment dommage qu’une si belle histoire de 15 ans s’arrête, après avoir survécu il y a plusieurs années à l’incendie de l’entrepôt de son distributeur.

A ce que j’ai lu dans Le Monde, Sabine Bucquet, l’éditrice, invoque le “parasitisme économique“, expression que je trouve parfaitement adaptée, et un procès est actuellement en cours, ce qui ne vous empêchera pas de trouver les deux collections chez votre libraire le plus proche.

Conclusion,pour Noël, achetez et offrez les originaux plutôt que la pâle copie, même bien emballée : en matière de livre, le flacon importe autant que l’ivresse.

NDLR : mes livres ne sont pas distribués par le distributeur de la maison d’édition sus-nommée, je reconnais que cela me donne une liberté de parole que certains auteurs ne peuvent pas avoir. Et qu’en publiant des livres à prix mini, je contribue certainement à l’emballement de la machine éditoriale (mais rassurez-vous, cela ne met que du beurre dans mes épinards).
La liberté d’expression ne s’usant donc que si l’on ne s’en sert pas, pour une fois, je sors de ma réserve policée…car j’aimerai réellement continuer à lire et à offrir ces délicieux petits livres.A vous de jouer !


Les Éditions de l’ Épure
25, rue de la Sablière
75014 Paris
www.epure-editions.com
contact@epure-editions.com

Si vous ne les connaissez pas et que vous êtes à Paris, vous pouvez aller découvrir sur place le beau travail de cette petite maison d’édition lors de leurs journées portes ouvertes, les 2 et 3 décembre, de 11h à 19h.

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Confit de quetsches à la cardamome, la confiture de ceux qui n’aiment pas la confiture

Mercredi 22 novembre 2006

En discutant avec Cathy, je me suis rendue compte que beaucoup pouvaient croire que je ne mettais que des recettes que j’appréciais à 100% dans mes livres.

Malheureusement, il n’en est rien, car je n’ai pas le goût universel. Parfois, je cuisine des plats pour vous plaire mais que malheureusement je ne sais pas apprécier.
Si je m’écoutais, j’infligerai des recettes de plats terriblement acidulés -genre rhubarbe à la mélasse de grenade relevée de citron vert et de sel, miam-, une tonne de recettes de pâtes aux légumes, jamais de fromage-qui-pue-plein-de-Penicillium roquefortii, jamais de pâté (ni de rillettes)… et jamais de confiture (trop sucrée à mon goût).

Donc, j’essaie dans mes livres de penser un peu à tout le monde, en me disant que ce n’est pas parce que perso, je ne suis pas super-fan que cela ne fera pas le bonheur d’autres personnes.Heureusement que Bricol’Boy a un palais fort différent du mien et même, très complémentaire (capable de manger du fromage ET de la confiture, voire les deux en même temps : ah, le soufflé poire-roquefort ! le gratin butternut-roquefort ! il en a du mérite).

C’est pour cela que dans l’ouvrage sur les brunchs s’est posé le problème de la confiture, et j’avoue, j’ai triché et proposé des sortes de fausses confitures, bien moins sucrées et qui donc se conservent beaucoup moins, mais sont délicieuses !

Après le confit de griottes au clou de girofle, je vous propose aujourd’hui une variation parfaite pour accompagner un cheese cake : un confit de prunes violettes à la cardamome.

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Fondant, juste pris dans son jus, le goût de la cardamome fait péter la quetsche. Va comprendre pourquoi l’Alsace et l’Inde se mélangent si bien… la route des Epices devait en fait passer par là.

Son principe est réplicable ad lib, avec des poires et de la badiane (nous en ferons jeudi à la Cuisine fraîch’attitude), des pommes et du poivre long… Sur le principe 1 fruit + 1 épice, vous en avez pour tout l’hiver, d’autant plus que ce “confit’ (pas gras du tout, eh eh eh) ne se conserve qu’une petiote semaine au frigo.

Ne vous inquiètez pas, Virgile s’est fait un délice de vider le plat !

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Confit de quetsches à la cardamome
Pour accompagner un cheese cake pour 8 personnes

500 g de quetsches (fraîches ou surgelées, mais en novembre, vous vous doutez…)
100 g de sucre complet ou roux voire rapadura, muscovada
4 cosses de cardamome verte
Jus d’1/2 citron
2 feuilles de gélatine

Ouvir les cosses de cardamome, en réserver les graines. Faire chauffer les quetsches dans une petite casserole à fond épais, lorsqu’elles commencent à rendre du jus, ajouter le sucre, la cardamome et le jus de citron. Laisser compoter à feu doux (compter environ une vingtaine de minutes).Pendant ce temps, laisser tremper la gélatin dans un bol d’eau froide.
Essorer les feuilles de gélatine en les pressant entre vos mains, les ajouter à la compotée encore tiède. Bien mélanger, laisser refroidir avant de mettre au réfrigérateur 1h au moins.
Vous pouvez évidemment remplacer la gélatine par de l’agar-agar mais même après cuisson, j’ai trouvé que l’effet “fausse confiture” était moins réussi visuellement avec de l’agar qu’avec la gélatine. Question de goût !

La plus belle guirlande lumineuse du monde (selon Anaïk) enfin révélée aux yeux du monde

Samedi 18 novembre 2006

 

Il ne vous aura pas échappé qu’Anaïk et Brad sont venus dans notre home sweet home partager une platée de gnocchi (sautés au pesto maison) et des rillettes de maquereau fumé (merci Pascale). Quelle angoisse de cuisiner pour une blogueuse ! Heureusement que ceci s’est décidé après un certain nombre de bières jus de fruits sans alcool, et un vendredi soir : donc, la cuisine du placard est mon amie.
C’est rien de dire que nous avons passé une soirée formidable, je peux juste dire qu’Anaik (et Brad ! Brad ! Brad ! cette légende vivante !) sont tout à fait comme sur le blog. Je vous laisse imaginer… voilà, c’est comme ça, mais encore mieux, avec le son, l’image et la pointe d’accent.

Les garçons ont eu mal à la tête tant on a papoté, car deux femmes du Sud (de l’étang de Berre ! pour être précis, peuchère !) qui cuisinent et qui ont des pères cueilleurs de champignons, ça en a des trucs à se raconter.

Anaïk vous a révélé -non seulement que Virgile l’avait épouvantablement dragué à la barbe de Brad- que Bricol’Boy avait orné notre cuisine d’une guirlande top-fashion.

A la demande générale et suite aux commentaires, je me plie à la vox populi et à la vox anaiki, voici les photos :

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Photos & Guirlande Bricol’Boy (je précise : ni l’un ni l’autre ne sont à vendre)

 

Composée de petits moules à gâteaux vietnamiens, en tôle toute fine ornée de motifs astrologiques (coq, lapin, chien…), marque Tohu Bohu, achetés pour trois fois rien dans une vente pour Aides, (une bonne action quoi !), simplement collés (tu parles, c’est pas moi qui l’ai fait) sur une guirlande de Noël vierge et nue. Maintenir à l’aide de pinces à linge pendant 24h avant d’admirer le résultat. N’allumez que quand il y a des invités.

Ca peut sembler bizarre, mais oui, j’ai une cheminée dans la cuisine. Malheureusement, elle n’est pas opérationnelle et est trop petite pour y faire rôtir un sanglier (ce qui serait bien pratique quand j’ai une blogueuse à dîner, évidemment). En revanche, c’est très pratique pour y poser la machine à café et la yaourtière.

Toutes ces émotions avec Anaik et Brad m’ont épuisée. Sans parler de la séance photo de la guirlande. Je vais donc me mettre de ce pas au lit avec un bon bouquin, malheureusement pas L’Etre et le Néant, ni le Traité de la ponctuation française (43 pages sur le point virgule, ça en impose grave). Je vais donc encore prendre un truc de cuisine, mais plus intello, Le Goût de la Cuisine de Véronique Braun, (plus connue sous le nom de Madame Arts Culinaires), c’est comme si on papotait avec un chef, et il y en a une belle brochette (Passédat, Barbot bien sûr, Bras, mais le fils, ….). Et regarder la cheminée de notre chambre en même temps, en me disant qu’il lui manque une guirlande une peau d’ours blanc mollement étalée devant.

Et pour ceux qui sont là depuis le début, cette guirlande est déjà apparue sur ce blog, juste ici, mais dans notre ancien appart’.

Et c’est ce jour-là que Bricol’Boy fut baptisé Bricol’Boy sur ce blog…

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Et un, et deux, et trois nouveaux bouquins de ma main !

Vendredi 17 novembre 2006

Il pleut des livres chez les blogueuses ! Quel mois d’octobre !
Après le beau livre de nos ravissantes souricettes, que j’ai moi aussi dévoré comme beaucoup d’entre vous, et après les délicieux ouvrages de Marie-Laure, à mon tour d’annoncer la naissance de mes trois derniers petits livres…

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Pascale et Laurent vous avaient montré en avant-première la couverture de celui sur le chocolat, à savoir Show Chocolat mais il est suivi de deux autres : Pasta Party spécial pâtes mais à l’italienne, et Brunchs branchés, que des recettes simples pour le petit déjeuner.

Si vous les avez entre les mains, vous verrez que vous connaissez certains dédicataires... à qui je dois beaucoup.

Nous ne sommes pas censés dévoiler nos secrets de fabrication, mais sachez que :

  • Pour Show Chocolat -qui a faillit s’appeler Chocolat Show, entre nous, mais on a pas résisté à l’hommage à Annie Cordy-, j’ai pris 2 kg, et ce livre m’a proprement terrorisée.
    Il fallait passer après le Larousse du Chocolat, autrement dit, mission impossible. Et puis passer après Felder aussi. Et puis Mercotte, queen of ganache. Que de stress et d’angoisse de la page blanche. Il doit y avoir 2000 erreurs techniques dans ce bouquin, mais ne m’en tenez pas rigueur, je ne suis pas confiseur, pralinière, pâtissière.
    Tout ce que je peux dire c’est qu’on a dû TOUT goûter, et parfois, recommencer.
    Alors j’ai opté pour un mélange de classiques que l’on aime avoir à portée de main (un brownie, des cookies mais fait avec du fromage frais, une bonne ganache…), des recettes spéciales enfants (un atelier pour faire ses mikados, des kits kats maison salissants à souhait ) et quelques délires assez sympas : un cake chocolat-vin rouge bien pratique pour finir un fond de bouteille, un moelleux chocolat et poivron rouge pour les blasés, une glace inavouable à base de crème Mont Blanc, un fondant cuit à la cocotte-minute et un gâteau à base de crème fraîche, pour changer du gâteau au yaourt.
    Le pire étant les recettes au chocolat blanc, que j’ai faite avec du Galak, parce que tout le monde n’a pas de la couverture ivoire de chez Valrhona… Mais il y a un petit gâteau tout con chocolat blanc-orange, avec une rondelle d’orange posée au fond, qui est très chic.
    Vous comprenez pourquoi il n’y a pas de recette de chocolat sur ce blog ? Pas bon pour le trafic ça, mais franchement, je crois que j’en ai trop mangé !
  • Pour les brunchs, branchés selon mon éditrice adorée, comme c’est le repas que je préfère, c’est allé tout seul-enfin, il m’a causé moins de nuits blanches que le chocolat. Pour la petite histoire, j’aime bien les oeufs brouillés à la vanille et à la ciboulette -nés d’une erreur de bouteille d’épices- un jour où j’étais peu réveillée. Les erreurs sont parfois salutaires (et gourmandes).
    Vous y trouverez aussi le confit de griottes déjà posté ici, parfait pour le matin.
    Et aussi : des truffes de chèvre au raisin, de la pina colada pour enfants, du pain perdu à la cardamome, un cake au mascarpone et au café, du pétillant à la grenade, des sandwiches de pomme verte au miel et au romarin…
    Pour les passionnés de brunchs, j’animerai d’ailleurs un atelier à ce sujet à la Cuisine fraîch’attitude le 23 novembre.
  • Pour la pasta party j’avais de quoi faire une encyclopédie, vu que nous adorons ça et que nous en mangeons au moins 3 fois par semaine (qui a dit que ça fait grossir) ?
    Il n’a fallu en retenir que 30, c’était terrible. Et choisir un parti pris : pâtes, nouilles, udon, où s’arrêtent les frontières ? Ce fut très vite tranché : résolument italien ! Mais une unique recette qui fait exception, de spaetzle (aux oignons rouges, lardons et cumin). J’ai adoré apprendre que spaetzle, c’était “petit oiseau” et que ces pâtes étaient en forme de zizi… Décidément les zizis de gorge d’Anaïk nous ont tous marqués !
    Vous y trouverez : des farfalle au citron, pignons et speck (slurp), des pâtes à la Trévise et au cacao (j’adoooore), des linguine artichauts-roquette-morbier…et évidemment un bon pastasotto puisque ce message a eu une longue postérité ! Sans oublier le burrosalvia qui remonte le moral !

Au passage, j’ai crée un message ce sont elles qui en parlent le mieux” où sont repertoriées les recettes de mes livres testées par vos soins sur vos blogs. Désolée si j’en ai oublié, merci de me faire signe pour que je rajoute !

Depuis mars 2004 -date de sortie de mon premier bouquin- j’ai compté : j’ai écrit plus de 240 recettes.
Je suis épuisée. Et un peu vidée. Voire même légèrement écoeurée (trop de chocolat) !

Je crois que je vais beaucoup lire pour rattraper le temps passé tous les soirs à écrire et à tester…
Allez, il me reste quelques inédits de ces livres qui ont été coupés du chemin de fer par manque de place, ils seront je crois heureux de trouver leur place sur ce blog, ne vous inquiétez pas !

Tarte à l’oignon et au zaatar, ou rencontre est/ouest (la cuisine ne fait pas de géopolitique)

Mercredi 15 novembre 2006

C’est mon marchand de légumes libanais qui m’a remis, il y a quelques années, un petit bocal qu’il avait sous sa caisse : “Faut que tu goûtes ça“.

Ca, c’était un mélange de sumac, de sésame et de thym, lequel thym donnait son nom au mélange nommé zaatar (et explique certaines confusions entre le mélange d’épices et le simple thym).

Pour le sumac, on lit souvent que c’est une plante, soyons exacts : c’est un arbuste, et c’est son écorce séchée que l’on broie. En fait, je lis des controverses quant au fait que ce soit ses baies qui soient broyés, ou son écorce (avis aux fabriquants, on attend vos secrets). Son goût acidulé en fait une de mes épices favorites, bien que son goût soit très volatil et résiste peu à la cuisson (perso, je me fournis chez Massis Bleue, comme d’hab’… de vrais dealers pour moi. Même que la semaine dernière, ils m’ont reconnus à cause de la photo sur le blog, mon anonymat chez eux, c’est foutu…).

On peut même aller jusqu’à dire que c’est une épice qui fait chanter la cuisine (ah ah ah, je n’ai pas pu résister, merci Yma).

Simplement mélangé à de l’huile d’olive, ce fameux zaatar, donc, se transforme en une pâte épaisse et parfumée, parfaite pour être étalée sur des pains pitas tièdes. Egalement délicieux à la place du simple sumac dans la salade Fattouche (si pour moi c’était le marchand de légumes qui m’a illuminé, pour Pascale, c’était un chauffeur de taxi). On doit avoir l’amour de la nourriture écrit sur le visage -je tape le premier qui dit les fesses- pour que des inconnus nous parlent de bouffe et d’épices à tous les coins de rue. Délicieux aussi saupoudré sur des brochettes de poulet, et sur du poisson simplement grillé. Hum.

Jusqu’ici, mon pot de zaatar servait surtout l’été et s’ennuyait au milieu de ses 50 homologues (je suis loin du compte de Mercotte, et en plus, les miens ne sont pas toujours étiquetés…), jusqu’à ce que je relise pour le travail un très intéressant dossier sur le petit déjeuner à travers les siècles et dans le monde. On y parlait du petit déj’ palestinien où l’on consomme des galettes saupoudrées du mélange zaatar-huile d’o.
Conclusion, comme d’hab’ : cette épice fait le tour du Moyen-Orient…semble-t-il avec des variantes locales. J’ai entendu parler d’hysope en Palestine, et de graines de grenade ajoutés ailleurs. Si les spécialistes ès épices peuvent se pencher sur ce cas, ce curry (au sens de mélange, bien sûr) oriental, je suis preneuse d’explication.

Choc des cultures, des idées, en rentrant le soir donc : une petite fondue d’oignon des Cévennes (mes préférés avec ceux de Tropea (hop, une photo sicilienne du paternel, qui eux boxent dans la catégorie rouge), un oignon snob avec AOC qui ne fait pas pleurer les yeux délicats mais ravit les papilles, sur une pâte feuilletée, préalablement cloutée et saupoudrée de zaatar… Et pour ne pas faire dans la demi-mesure, la caramélisation des oignons fut renforcée par un peu de mélasse de grenade. Tiens donc, encore.

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Pas besoin de recette, vous êtes grands maintenant, utilisez votre classique tarte à l’oignon (sans migaine SVP), et relookez-la à l’orientale avec ce délicieux zaatar et une larme de mélasse de grenade (qui a dit “encore” ?).

Au résultat, un mélange est/ouest très convaincant. Les mariages mixtes font toujours de beaux enfants.

Pour utiliser le pot de zaatar qu’il va vous rester après avoir fait cette tarte, essayez donc :

La grenade, épisode 2 : filet mignon doublement grenadé

Lundi 13 novembre 2006

Après la tête, l’estomac…

Pendant longtemps j’ai juste épluché les grenades puis dévoré leurs graines, comme du pop corn light et végétal.Estelle m’a ouvert une porte avec sa recette de salade de grenade � la fleur d’oranger et ma vie a changé : quand c’est bon simple et cru, j’hésiterai presque à le cuisiner, quel dommage !

Presser une grenade est salissant mais son jus acidulé et transparent est particulièrement savoureux et ravissant (avis aux fabricants de vernis à ongles et de lipgloss, c’est exactement ce genre de couleur dont je rêve…):

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Un presse-agrume suffit, il faut juste y aller doucement sinon les particules blanches dégagent de l’amertume. Exit le presse-agrume électrique qui va trop vite, la grenade est un fruit qui mérite qu’on s’y attarde, à tous les sens du terme. Longue à éplucher, longue à presser, mais longue à savourer !

A MARINER
Mais tout seul et cuit, le jus de grenade simplement pressé m’a souvent déçue. J’ai eu l’idée de le combiner avec ce génial et merveilleux produit que tous les fans d’acidulés connaissent, la mélasse de grenade, grande amie de la cuisine libanaise.

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Donc, la recette : prendre un filet mignon de porc. L’enduire d’une cuillère à soupe de mélasse de grenade. Arroser du jus d’une demi-grenade. Couvrir et laisser mariner 1/2 journée.

P1020346P1020362Les photos de viande, c’est vraiment jamais beau…Avant/après…

Faire rôtir doucement en cocotte -de fonte bien sûr-, avec une échalote finement émincée et en réservant la marinade, l’ajouter � la fin (soit après au minimum 30 mn de cuisson, en retournant fréquemment la bête) et faire réduire jusqu’à consistance caramélo-sirupeuse.
Servir avec du boulghour mélangé aux graines de l’autre moitié de grenade.

Le filet mignon est de la sorte recouvert d’une fine croûte caramélisée et acidulée, d’une couleur rouge assez ravissante, sombre et digne d’un peintre italien. A vous de choisir si c’est Titien ou Carpaccio, mais c’est très seyant.

Pour des astuces magiques pour peler une grenade, rendez-vous chez JP, bien sûr, et pour faire sa grenadine, ne ratez pas le message d’Estelle.

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La veille où Grenade fut prise, à sa belle un guerrier disait…(la grenade, épisode 1/2)

Samedi 11 novembre 2006

Grenade est à ma connaissance la seule ville qui ait le nom d’un fruit. Si Florence, selon Sartre, est la ville-fleur, Grenade est pour moi la ville-fruit, riche, rouge, juteuse et enivrante.

Elle a longtemps fait partie de ces villes mythiques de mon imaginaire à cause de son nom qui évoquait pêle-mêle des lions de pierre, des mosquées, des chants arabo-andalous, Le Fou d’Elsa, la reine Isabelle…

J’ai passé deux bonnes années à étudier Aragon et le premier vers du Fou d’Elsam’a longtemps hantée :

 

La veille où Grenade fut prise, à sa belle un guerrier disait…


Si on était sur Langue sauce piquante, je vous laisserai là en vous demandant où est la faute, mais je ne bosse pas au Monde.
Aragon lui-même donne la réponse dans la préface (elles sont toujours délicieusement titrées et très intéressantes, celle là se nomme “Tout a commencé par une faute de français”) : il faudrait dire simplement “la veille du jour où Grenade fut prise…”.

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Une ville qui a le talent magique de rendre poétique les fautes de français ne peut donc être que belle et son fruit délicieux. Mais ma mythologie personnelle a souffert le jour où j’ai compris que c’était le fruit qui avait donné son nom à la ville et pas l’inverse !

Depuis, j’ai une fâcheuse tendance à manger les grenades avec ma tête, puisque celle que l’on surnomme en provencal “miougrano” (mille graines) est -tenez-vous bien : symbole de fertilité de la Vierge Marie (pourtant, il me semble bien que Jésus était fils unique ?), symbole d’amour et de prospérité, voire même symbole de charité, c’est par excellence le fruit peace&love, et franchement la poire a vraiment l’air poire à côté (elle symbolise quoi, la pauvrette, einh ?)

Bref, ses 840 arilles ont l’air d’avoir chacune une symbolique différente, c’est un fruit compliqué, cultivé,voire un peu précieux, qu’on retrouve chez Shakespeare -celui qui trouve dans quelle oeuvre gagne un cadeau surprise !-, sur de nombreux tableaux et natures mortes…

Finalement, on peut se demander si ce n’est pas une grenade qu’Eve a tendu à Adam. Ca ne serait pas étonnant, puisque pomegranate c’est quand même une sorte de pomme. Le temps perdu à l’éplucher et à la peler a dû jouer un tour à ce pauvre Adam.C’est que le malheureux ne connaissait pas les trucs de JP !

Au rayon des produits dérivés de ce fruit symbolique, petite sélection de mon placard personnel :

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Grenade fraîche, mélasse de grenade, graines de grenade séchées

Autant j’aime, j’adule la mélasse de grenade (Rabb er’remane en libanais, robb-e anar en persan), acidulée-sucrée-sirupeuse, autant les graines séchées, utilisées surtout en cuisine indienne…buark buark…sont très amères, le tégument blanc-jaune les entourant ayant été séché avec. A céder, à qui veut, un sachet de graines de grenade séchées, état neuf, très peu servi.

A venir donc, une recette à base de grenade et de mélasse de grenade. Parce que les symboles ne nourrissent pas toujours les hommes… mais parce que parfois, ne parler que de nourriture quand on fait la cuisine, et pas de ce qu’elle représente, enlève trop de chose au goût et au plaisir !

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En cas de besoin de réconfort, je recommande…

Vendredi 10 novembre 2006

La vie nous a un peu malmenés ces derniers temps avec Bricol’Boy. Sans faire ma princesse, nous avons vécu des moments pas très drôles, et il faut bien le dire, cela m’a coupé l’envie de cuisiner, d’où mon absence temporaire -z’avez quand même remarqué, dites…

Vous avez finalement l’habitude que ce blog ne soit pas très régulier, un peu en pointillés, exactement comme son auteure. Il y a un personnage qui me touche beaucoup dans Harry dans tous ses états : le comédien, interprété par Robin Williams, qui a le malheur de devenir flou lorsqu’il passe devant la caméra. Et bien voilà, en ce moment, nous sommes flous, mais cela va passer…

Il a quand même bien fallu nourrir la maisonnée, et j’ai puisé à gauche et à droite du réconfort en barre…
Je déroge à ma règle éditoriale tacite qui est “je laisse un commentaire sur le blog de la personne dont je fais la recette plutôt que de la republier, faut pas pousser quoi”, histoire de remercier au passage les auteures de ces soutiens merveilleux.
Voici une petite sélection 100% toute douce, remonte moral et facile à faire :

Chaque fois que j’ai fait une recette de chez elle, ça a été un hit : le cake au café, les sablés à la cardamome (oh mon Dieu), et là, elle m’a ENFIN fait comprendre le génie de la brique en terre. Bravo. Et merveille pour les flemmasses, y’a qu’à tout balancer dans la cocotte et mettre au four pas préchauffé. Merveilleux quand on veut mettre les pieds sous la table.
Dans une autre vie, je veux bien embaucher Fred comme cuisinière particulière, le jour où l’on aura gagné à l’Euromillions (ou inventé quelque chose de révolutionnaire, genre le nylon, le bouillon cube, la pénicilline, la péridurale ou le lait concentré).
Info pratique : sachez que les baignoires pour bébé ont la taille parfaite pour faire tremper votre Romertof, et sont beaucoup moins remuantes que les nourrissons (mais elles, elles préfèrent l’eau froide).

Il est bizarre de se rendre compte que Hélène du merveilleux Mon Blog de Filles fut un pillier de Marmiton, alors qu’elle ne se nourrit (presque) que de saucisson. Le jour où j’ai tilté que ZE recette parfaite venait de chez elle, waouh, total respect. Et j’ai vu ensuite que Mercotte était également d’accord.
J’ai pas pu résister à faire une variation : à la pâte de pistache. Très anaikienne. Puis au praliné. Pas dégeu mais sans intérêt. Les variations sont sympathiques mais la pistache fait un effet chimique étrange dans la pâte qui gonfle démesurément et fait songer à un champignon atomique débordant joyeusement du moule qui n’en peut mais.
Mon secret pour des cannelés réconfortants: la dose de rhum. Faut y aller fort, vraiment très fort, de toute façon, à la cuisson, l’alcool s’évapore, reste le parfum. Hips.

Après le bouquin sur le chocolat je peux le dire : mon gâteau au chocolat préféré, c’est le gâteau de Jacqueline. Rien à faire, j’y reviens, j’y reviens non stop. Parfois les jours de folie je fais le célèbre Bellevue de Felder, mais vraiment parce qu’il faut changer.
J’ai fini quand même par me laisser tenter par le fondant Pierre Hermé, parce que les 250 g de sucre du fondant de Nathalie de Trish Deseine me font très peur.
A force de bosser avec des diététiciennes, j’ai développé un blocage : je suis incapable de faire un gâteau contenant plus de 200 g de beurre et/ou de sucre. Cette maladie bizarre (les auteurs du Baleinié devraient s’y pencher) m’empêche par exemple de faire du kouign amman. Ou les brioches à mourir qui sont chez Fred, toujours. Je pense aux artères, au coeur de mes invités, et je bloque, je peux pas leur faire ça, et conclusion : ils mangent des panna cotta, des gateaux sans beurre (et ils doivent rêver de sauce hollandaise après).
Donc, j’ai enfin vaincu un tabou en passant une plaquette de beurre complète (si si, il n’en restait pas un poil, un gramme, nibe, nada) dans ce malheureux gâteau, que tous ont trouvé très bon, mais moi… Ben… comment dire ? Un peu lourd, un peu trop sucré.
Enfin, les foules ont été réconfortées, vu le froid polaire de ces derniers jours, ce supplément calorique a été le bienvenu.

Je n’aime pas les glaces aux jaunes d’oeuf, la crème anglaise m’ennuie terriblement, pourtant, je sais la faire -avec un thermomètre, ça me rassure, OK, je suis psycho-rigide. Donc, je turbine allègrement des sorbets, du yaourt, du fromage blanc, de la crème fleurette… Et j’ai cherché déséspérement une recette sans oeufs, ouf, bonheur, on m’avait entendu de l’autre côté de l’Océan.
Quelques variations tout de même (amis du bio, bonjour) : du sirop de riz à la place du sirop de maïs (mais du miel aurait été parfait) ; et en plus du praliné detoutien, deux bonnes cuillères à soupe de pâte de noisettes sans sucre histoire de doper tout cela.
On a failli se battre pour finir la sorbetière et on s’est léché les doigts. Merci Bichonne de m’avoir évité de finir mon praliné à la petite cuillère (si, si, c’est possible, et c’est pas gras du tout, non, c’est plus light que le nutella puisqu’il n’y a pas de chocolat ;-)

Promis, ma prochaine recette vous fera pleurer un bon coup, mais pas à cause de nos soucis, promis !
Et je vous dirai ce que j’ai fait avec les blancs d’oeufs restant des délicieux cannelés d’Hélène.
Bref, je reprends doucement le collier d’Ester Kitchen…

Cinq choses à manger avant de mourir

Vendredi 3 novembre 2006

Comme d’hab’, trois trains de retard, alors que l‘innénarable Jacqueline m’y a convié il y a plus d’un mois… Au moins, ça m’a laissé le temps d’y réfléchir, le plus dur a été d’en éliminer de la liste.

- Des beignets d’anémone de mer

Je n’en ai mangé qu’une fois dans ma vie et j’en ai encore le parfum de la bouche : une nuage iodé et croustillant, aussi délicat qu’un tempura d’écume de mer.

ANEMONE1

Futur beignet (qui l’ignore)
Source : www.biotop.be

J’avais 5 ans, nous étions en Sicile et avec ma grande soeur, nous nous étions fait piquer douloureusement par ces charmantes bébêtes planquées dans un rocher. Ni une ni deux, la mamma a relevé ses jupes, est allé attraper ces bêtes, et après les avoir fait dégorger au vinaigre, nous les a servi au dîner.
J’ai eu beaucoup moins mal après et j’ai envisagé ensuite sous un autre angle ce qui pouvait ou non se manger. L’été suivant, j’attrapais les crevettes à main nue et m’empressais de les décapiter et de les croquer crues. Déjà j’anticipais la mode du sushi (au grand dam de ma mère).

- De la mousse au chocolat faite par mon amie Iana
Elle a beau dire qu’elle n’y met que des oeufs, du chocolat et un peu de beurre, je ne la crois pas, ou alors cette fille est une fée (j’ai d’autres indices en ce sens). Depuis qu’elle est à Londres, elle me manque (Iana, bien sûr, et un peu sa mousse au chocolat aussi…)

- Un pigeonneau préparé comme aux Ambassadeurs
La meilleure viande jamais mangée de ma vie, tendre, fondante. Certes, c’est de la viande étoilée, de luxe, la réponse est snob, mais j’assume. Vraiment, doux et fondant, avec un goût fin, et pas un os. J’ai eu en le mangeant une pensée pour le cuistot qui devait désosser 20 pigeonneaux dans la journée. Et je me suis dis que finalement, travailler en cuisine, c’était pas fait pour moi.

- Des tomates anciennes de chez Joël Thiébault

Ce n’est pas un mystère, j’aime les légumes, j’aime les légumes de Joël, mais tomates ou carottes, j’ai hésité. Je vous ai trop parlé de carottes, alors pour changer voici quelques tomates (j’espère que ça fera plaisir à Estelle).


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- Des sushis faits par mon fiancé

Vous savez quoi ? Il fait très bien la cuisine, et en plus, les trucs compliqués pour lesquels je n’ai pas de patience. Un jour, j’ai eu des sushis pour ma fête. Le riz était parfait et le roulottage du maki admirable. Et les assiettes sur lequel c’était servi étaient mon cadeau.

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Conclusion, ceci est un vulgaire appel du pied pour qu’il m’en refasse (tous les moyens sont bons).

J’ai donc posé la même question à Bricol’Boy qui en premier m’a répondu : “Du caviar, mais à la louche, pour savoir ce que ça fait d’avoir cette quantité là qui croque dans la bouche.�? Bon, je vais y penser, si je gagne au Loto, ou voir ma banquière comme Anaïk.

Et ce n’était pas au menu, mais tant pis, j’ajouterai ma réponse à la dernière question du questionnaire de Proust, “Si Dieu existe, qu’aimeriez-vous qu’il vous dise ?” : Entre, la cuisine est toute équipée !”