Une histoire de chaussures et de courgettes – la scarpaccia de courgettes d’Alain Ducasse
J’avais juré ici ne pas attendre des mois et des mois avant de poster ces recettes évidentes que l’on fait les yeux fermés et dont vos invités vous demandent toujours la recette. Bien évidemment, je n’ai pas tenu parole, et ce sont les lecteurs d’un site pour lequel je pige qui se plaignent (aimablement) de ne pas avoir la recette d’un plat photographié dans ce dossier spécial courgette. Ma maman me l’avait bien dit, pourtant, de toujours tenir mes promesses, ça m’apprendra !
Je reviens donc sur deux préoccupations essentielles dans ma vie : les recettes de cuisine et les paires de chaussures, qui ont beaucoup de points communs. Parce que cette recette de scarpaccia (vieille godasse en italien) attend dans les méandres de ce blog depuis un an et demi…

- il y a les sublimes chaussures qui ne vont très bien qu’avec une robe, et que pour une occasion bien spéciale. Les compensées orange de la soirée déguisée, les spartiates rose fuschia qui étaient sublimes avec cette jupe trapèze (dans laquelle on ne rentre plus). On ne peut les mettre que deux fois par an mais on est sûr du résultat. Il faut que la météo et le Dieu du vernis à ongle raccord soit avec vous, mais ça le fait.
Exemples : le parmentier de cerfeuil tubéreux au jarret de boeuf peposo, les gnocchi aux carottes technicolor et taleggio.
- il y a les baskets que l’on met sans réfléchir, pour les jours où l’on est pressés, mais dont on a parfois un peu honte. Parce que des Gazelle, à notre âge, vraiment ? Et les Camper, c’est so 2002 non…
Exemple : le porc à la limonade, le chaud-froid de poulet à l’estragon.
- il y a les chaussures si belles et si originales que limite on pourrait sortir toute nue avec, on aurait quand même une allure folle (et pas de cellulite tellement on voit que nos pieds). Une robe à dix euros passe très bien au-dessus : parfois, une belle paire de chaussures très chères, ça fait faire en fait de super économies.
Exemple : le croque-monsieur à la truffe, dont je n’ai pas parlé, parce que ça fait trop riche de manger des truffes, alors qu’avec du pain de mie bio de chez Monoprix, ça passe tout de suite mieux.
- il y a les chaussures qu’on a acheté mais qu’on ne met jamais tellement elles nous mutilent les orteils. Ca, c’est toutes les recettes que je lis, et où je m’arrête à cause des phrases suivantes : « râpez finement le chocolat« , « faites tourner 10 minutes dans votre Kitchenaid« .
Exemple : si si, j’ai des chaussures de ce genre (taille 39-39,5, faire offre de rachat), mais il n’y a pas de recettes de ce genre ici… Genre macarons ou pains d’anis dont je rêve pourtant. Pas la place ! Pas le confort !
- et puis, il y a les chaussures qu’on a acheté un peu par hasard, parfois au détour d’un bac à soldes. Des petites ballerines de rien du tout, mais avec un joli détail (une bride avec un bouton, un talon bobine rose), et qui au fil du temps ce sont avérés être des merveilles de confort. Des espadrilles si jolies qu’on rêve de l’été rien qu’en les regardant. Ces chaussures-là , on les met sans y penser, elles vont avec la moitié de notre garde-robe… Ce sont les plus difficiles à trouver, car on ne sait pas qu’on les cherche (un peu comme l’homme de sa vie, ne trouvez-vous pas ?) et quand elles sont à nos pieds, on se demande comment on a fait, avant… On les fait ressemeler, on les chouchoute, et le jour où elles sont irrévocablement fichues, on les embrasse avant de les mettre à la poubelle, comme les chaussures du conte de Pierre Gripari.
Ces recettes-là , de basiques indispensables, sont les plus précieuses. Je n’en ai malheureusement jamais assez à mon goût.
Exemple : Il y a dans cette catégorie les blinis magiques, la glace au citron, la mousse au chocolat, la poitrine de porc grillée-confite . Le genre de recettes qu’il y a cinquante ans, j’aurai écrit sur un petit cahier, pour donner à ma fille le jour de son mariage (mais à la place, j’ai un blog et un petit garçon).
La scarpaccia, vous l’avez compris, fait partie de cette catégorie-là . Je n’ai plus jamais envisagé le gratin de courgette autrement. Mi flan, mi tarte, mi gratin : trois mi, et alors, c’est dire si c’est bon.
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Scarpaccia de courgettes, très librement inspirée de Méditerranées d’Alain Ducasse
Pour 4 personnes -ou 2 très fans
500 g de petites courgettes (le maître dit « avec les fleurs », hélas…)
5 cébettes
2 gousses d’ail
2 oeufs
5 cuillères à soupe de parmesan fraîchement râpé (déjà testé : comté, chèvre, brebis…)
4 cuillères à soupe de farine (testées avec succès : blé, épeautre, riz, moitié pois chiche moitié blé…)
20 cl de lait & eau mélangé à part égales
De la bonne huile d’olive
Du sel de mer gros
Ajouts possibles : pignons, graines de courge, basilic frais, pesto…
Lavez et essuyez les courgettes. Hachez-les grossièrement et faites-les dégorger au gros sel.
Pelez et hachez les cébettes et l’ail.
Mélangez les oeufs, le parmesan, la farine, le liquide, et du poivre du moulin.
Pressez fortement les courgettes entre vos mains, séchez-les. Ajoutez-les au mélange précédent avec les cébettes et l’ail, mélangez intimement.
Préchauffez votre four à 210 ° (th.7).
Huilez un moule (perso je préfère un moule en métal qui conduira bien la chaleur et me donnera une scarpaccia dorée dessus-dessous) et répartissez-y la préparation. L’épaisseur ne doit pas excéder les 2,5 cm. Ajoutez encore un peu d’huile sur le dessus de votre scarpaccia, et enfournez.
Faites cuire 20 à 25 min, servez tiède ou froid.
Et allez faire le tri dans votre armoire à chaussures.


août 21st, 2009 à 2:25
Excellent du début à la fin, un grand jour ! pis la recette finale vaut le détour bien sûr !
août 21st, 2009 à 5:50
C’est à se délecter tellement c’est bien pensé et bien écrit… Maintenant, une question qui tue : je n’ai que deux paires de chaussures, une d’été et une d’hiver, est-ce que je suis perdue pour la science ? Mais ceci dit, j’ai une fille et je commence déjà à recopier des recettes dans un cahier pour son mariage, et ça, effectivement, c’est très très très jouissif !
août 21st, 2009 à 6:38
Trish l’avait fait avec la p’tite robe noire et voilà que tu nous le fais avec les chaussures. J’adore ! Je suis beaucoup mieux outillée à ce niveau lÃ
Clea n’a que 2 paires de chaussures ??? Oh my God ! t’imagines ? je ne pensais pas que c’était possible !
Au fait, je t’ai dit que j’avais acheté des bottes façon motardes mauves ? des sublimes chaussures je pense
août 21st, 2009 à 7:57
Waouuuuhhhh! j’ai adoré lire cet article de si bon matin, dommage que l’on est si mal comprise par nos compagnons de dodo qui ne voient pas l’utilité du pourquoi et du comment, et du : ‘ tu exagères celles-là , elles vont si bien …’. Bref super et au final une mi-tarte, mi-gratin qui m’a la’air bien excellente. merci
août 21st, 2009 à 8:43
Je me suis régalée d’un bout à l’autre de la lecture de ce billet. Brillant! Et ça me donne presque autant envie de racheter quelques paires de chaussures que de faire la recette…
août 21st, 2009 à 8:44
Belle gosse du bout de la fourchette jusqu’au bout des orteils ! Qu’est-ce que je suis fière d’être arrivée en retard au bureau parce que j’ai ciré mes vieilles Puma ce matin !
(Merci pour la recette !)
août 21st, 2009 à 8:50
Jusqu’à mes 18 ans, je n’avais que 2 paires de chaussures : une pour l’été et une pour l’hiver… et je ne cuisinais que des gâteaux au chocolat et du boudin noir aux pommes (allez savoir pourquoi ???). Un jour qui n’était pas fait comme un autre, j’ai eu un déclic et je suis tombée amoureuse des chaussures (et de la cuisine par la même occasion… notez que j’aimais manger depuis toujours)…
Acheter une nouvelle paire de chaussure c’est comme goûter un nouveau plat, je prends mon temps, je savoure. Souvent, je mets quelques semaines à les mettre à mes pieds, allez savoir pourquoi, je cherche le bon moment, la bonne tenue…
J’ai parfois des peines de chaussure comme cette paire de sandales toutes mimi et très jaunes, achetées chez Monoprix pour l’affolante somme de 8 € que je n’ai porté que 2 heures, juste le temps que quelqu’un (ma chère et tendre maman) marche sur le talon alors que je levais le pied : sandale cassée.
Ou cette jolie paire de claquettes que je trainais depuis des années et dont j’ai dû me séparer car elles étaient devenues de vraies patinoires. Et ces ballerines que j’aimais tant…
C’est comme les recettes que l’on faisait tout le temps et que l’on ne fait plus guère… heureusement, il n’est jamais trop tard pour refaire une recette… mais aura-t-elle le même goût que dans notre souvenir ?
Merci Estérelle pour cet article qui m’a chatouillé les papilles et les orteils !
août 21st, 2009 à 9:31
Un pur moment de drôlerie et de gourmandise, merci ! Mais qui a décrété qu’un fils n’aurait pas droit à un livre de recettes à son mariage ? pacs ? emménagement ? qu’importe…
août 21st, 2009 à 10:50
Chouette billet, j’aime beaucoup ton comparatif et j’adore toujours autant te lire… Il y a une autre catégorie: les chaussures qui sont si parfaites qu’on les achète en double pour quand la première paire sera achevée (ne me dis pas que je suis la seule à faire ça…?)
août 21st, 2009 à 11:40
Presque poétique cette histoire de chaussure, loukoum a raison, je le fais aussi parfois, les deux paires à la fois, genre la brioche délicieuse : on en mange une, on congèle l’autre…
août 21st, 2009 à 11:56
Je fais partie de tes lectrices silencieuses mais enfin, je sors de ma réserve. Merci pour cet excellent moment gourmand et so fashion ! J’adore !
août 21st, 2009 à 18:50
Jouissif ! Et c’est encore meilleur après ces looongues semaines d’abstinence.
N’en déduis pas une bonne excuse pour ne réécrire ici que dans deux mois
août 22nd, 2009 à 22:34
excellent article
bon week-end
val
août 24th, 2009 à 11:22
Ravie de devenir une de tes lectrices en débutant avec cet article. Nous sommes totalement sur la même longueur d’ondes!
août 24th, 2009 à 15:18
Top, une tarte sans pâte, ça me convient parfaitement, tu ne cuisines pas comme un pied toi!
A propos des recettes que les filles écrivent sur des cahiers, la mienne recopie sur un recueil très girly celles qu’elle aime bien de mon blog, visiblement, elle a peu confiance en la pérennité d’Internet
)
août 24th, 2009 à 16:15
Chouette, on m’a donné plein de courgettes et je me demandais quelle nouvelle recette tester. Merci !
Mais dis-moi, ce billet, ça veut dire que tu es revenue de vacances, non ? J’espère que c’était bien, même si on n’a pas réussi à se croiser. Dommage…
Des bises à vous 3.
août 24th, 2009 à 17:41
un texte drole et intelligent. une recette à conserver sous le coude et non le talon. bravo
août 25th, 2009 à 22:31
Je te découvre avec ce billet et quel bonheur…pour la recette car je suis une grande fan de la courgette et de chaussures qui sont bien sagement rangée dans leur boîte et qui attendent avec impatience de pouvoir faire leur show…et les pauvres parfois elles doivent être patiente avant que je ne leur trouve quelques choses qui se marie avec « la » paire!!!
août 26th, 2009 à 9:34
J’ai adoré ce billet! Comme en plus des chaussures, je suis accro à la courgette, je vais essayer cette vieille godasse très rapidement, ce soir même sans doute
Grazie mille
août 26th, 2009 à 10:54
Oui on peut acheter plusieurs paires de chaussures identiques. Je l’ai fait pas plus tard que pendant les soldes. C’est tellement difficile de trouver chaussure à son pied
Sinon c’est une bien chouette recette qui permet d’accommoder sans se lasser les nombreuses courgettes produites par le jardin cette année.
août 26th, 2009 à 21:06
Je me range dans la même catégorie que toi : les basiques indispensables ou comment épater sans stresser! J’ai toujours autant de plaisir à te lire.
août 28th, 2009 à 14:36
Quel article ! j’ai adoré .. c’était ma première venue sur ton site et je reviendrai bien sûr ! Merci pour cette recette qui sera rapidement testée ; elle a l’air parfaite.
août 28th, 2009 à 22:10
Tu te rappelles quand tu m’avais écrit pour me dire que tu venais d’acheter des ballerines argentées?
Ca fait un bien fou de te lire! (et au marché, chez Annie Bertin, il y a des petites courgettes avec leurs fleurs)
août 29th, 2009 à 4:53
enfin quelqu’un qui comprends et écris (si bien !) nos problèmes de chaussures … Ca me donne envie de pleurer de bon matin, tiens.
Parce que je viens de jeter (la mort dans l’âme) une de mes paires favorite (j’aurais pu dormir avec tellement elles sont confort) pendant le grand ménage pré-rentrée, je me jette sur cette recette pour la tester avec les dernières courgettes (avec les fleurs …) du jardin.
Bises (et ne repart pas trop longtemps, please !).
août 31st, 2009 à 21:03
Superbe, toujours un immense plaisir de te lire! Alors viva « le scarpacce » (au cas où on en aurait besoin de plusieurs, sait-on jamais). Et ta recette (comme d’habitude) me plait bien. Bonne soirée!
septembre 1st, 2009 Ã 12:39
Excellent – merci pour ce rire. Et j’ai toujours adoré le conte de Gripari sur les chaussures, plein de poésie et d’humour – quel talent
septembre 1st, 2009 Ã 17:22
Mais dites-moi que sont les cebettes ?
Merci
septembre 1st, 2009 Ã 20:53
Tu as toujours la possibilité d’imprimer tes recettes et de les filer à ta belle-fille le jour où
Pour Anne, qu’elle se rassure, je n’ai pas beaucoup plus de chaussures que Clea, 5 paires chez moi !
septembre 9th, 2009 Ã 12:42
Le genre de plat idéal pour moi le soir !
septembre 11th, 2009 Ã 10:14
j en ai mangé hier, succulent