Marguerite et les poires au vin

Dans la vie, il faut choisir sa Marguerite. Pas celle de Marc Jacobs qui fleurit partout chez les modeuses. Non, la Marguerite littéraire : on est Duras ou Yourcenar. Jusqu’à il y a peu, je ne savais pas qu’il y en avait une plus viticole que l’autre.


J’ai en effet appris pendant des vacances en Aquitaine que Marguerite Donnadieu avait pris le pseudonyme de Duras à cause d’un village de sa région, village doté d’un ravissant château et d’une Appellation Réservée. Le Château est charmant, les marches du donjon bien escarpées, nous sommes repartis avec trois bouteilles différentes sous le bras qui ne nous ont pas enthousiasmées, loin de là.

Devant mon verre à moitié plein, en rêvassant devant l’étiquette prétentieuse d’une bouteille assez moyenne, m’est revenue d’un coup le choc de la lecture des Mémoires d’Hadrien… association d’idée et de Marguerite, seule surnageait de ma mémoire la Yourcenar. L’impression de lire une version latine parfaite, moi à qui l’on conseillait plus que fortement en khâgne d’aller faire des maths plutôt que d’oser traduire du Tacite. Pourtant, mes compétences en calcul ne vont pas au-delà de la multiplication, quant à la trigonométrie, à part pour découper un gâteau, je n’ai jamais compris à quoi cela servait. Bref, cette personne capable de parler, de raisonner et de jouer à être un empereur romain força mon admiration. Quant à L’oeuvre au noir j’en ai des trémolos quasi-pavarottiens -paix à son âme et bienvenue à l’adjectif- dans la voix. Alors, l’autre Marguerite… ma foi… je n’ai jamais été très émue par sa prose, hélas, comme le vin du même nom. On ne choisit pas l’objet de son affection littéraire.

Mais revenons à notre vin. Il fallut donc trouver d’urgence une solution pour liquider fissa le contenu de la bouteille restante. Avec deux contraintes majeures : pas de livre de cuisine, pas de micro, une vrai Lost de la cuisine… et un sous-équipement commun aux cuisines des maisons de locations. On y trouve des fils à couper le foie gras, des tapisseries ornées de cervidés, mais pas de verres à vin, le comble dans le Bordelais.

D’un coup surgit l’idée d’improviser des poires au vin, qui eurent de nombreux mérites :
- me prouver que ce dessert n’était pas du tout ringard,
- donner une deuxième jeunesse à une cuvée défaillante,
- réconcilier symboliquement les deux Marguerite dans l’ébullition du sirop… puisqu’il paraît qu’en plus d’être un écrivain divin, Yourcenar était aussi une fine cuisinière !

poires au vin de Duras

Poires au vin de Duras

Pour 4
8 petites poires, de préférence achetées au bord de la route à un producteur
70 cl de vin rouge de Duras pas excellent mais qui sera parfait cuit
80 g de sucre
3 étoiles de badiane ou à défaut 1 cuillère à soupe de pastis (si si, j’ose)
1 zeste de citron
Peler les poires en prenant soin de garder leur pédoncule. Mélanger dans une grande casserole le vin, puis le sucre, la badiane et le zeste. Faire chauffer à feu doux jusqu’à obtention d’un sirop, y ajouter les poires. Mener à ébullition et laisser cuire pendant environ 30 min, en veillant à ce qu’elles baignent dans le sirop. Les poires doivent être fondantes (elles pourront se laisser facilement transperçer par un couteau). Retirer les poires, les réserver dans un joli compotier. Faire réduire leur jus de cuisson d’environ 1/3 à feu vif, en napper les poires. Couvrir et réserver au frigo (au moins 2h) jusqu’au moment de servir.

18 commentaires pour “Marguerite et les poires au vin”

  1. mingoumango dit :

    Ma préférence va (très nettement) à la même Marguerite que toi…
    Tes poires ont une bien jolie couleur…

  2. bergeou dit :

    Moi aussi plutôt Duras que Yourcenar et en plus il est vrai que le vin de Duras est très bon !

  3. Clea dit :

    Moi, c’est plutôt la marguerite cuisson-vapeur qui me fait de l’oeil depuis mes vacances ;) Bisous !

  4. mercotte dit :

    ton effervescence littéraire m’impressionne !
    De Marguerite j’aime La Duras , j’ai un peu plus de mal avec l’autre, mais bon….en tout cas , plus les poires restent dans le vin plus elles sont rouges de confusion, non, non de partout, dedans dehors quoi !!

  5. Anne (Papilles et Pupilles) dit :

    Moi c’est celle qu’on effeuille que je préfère ;)

  6. Le confit c'est pas gras dit :

    Moi j’ai une tatie qui s’appelle Marguerite. A part ça, j’aime bien accompagner les poires au vin de roquefort.

  7. Gracianne dit :

    J’ai envie de poires et de relire l’Oeuvre au Noir, et de frissonner, encore et encore, aux deux.
    Moi ma Tatie s’appelait Augustine, mais le roquefort c’est une bonne idee.

  8. patoumi dit :

    Chère Ester, j’ai envie de t’embrasser tant ce billet me plaît!
    Moi j’aime les deux Marguerite.
    Duras, à cause des souvenirs adolescents, la lecture des “Petits chevaux de Tarquinia” lors d’un été brûlant et la description qu’elle donne d’elle-même petite fille dans “L’amant”. Et puis je crois que c’était une fine cuisinière elle aussi et je cherche d’ailleurs désespérément un livre de ses recettes paru chez POL il y a déjà plusieurs années et pas réédité.
    Yourcenar est arrivée plus tard. Je peus relire en boucle “Alexis” et j’ai au les larmes aux yeux cet été en finissant “L’oeuvre au noir”.
    Les réunir toutes les deux dans une ébullition de sirop, j’adore!
    Oh et puis je suis sûre que si on s’était croisée dans une classe de khâgne, on aurait été super copines (enfin, peut-être que j’aurais été jalouse à mort aussi!)

  9. Stéphane dit :

    Mais enfin, d’où c’est que ça sort que les poires au vin c’est ringard? Moi j’en fais souvent, mais au vin blanc (je suis comme ça) et au sirop généreusement lourd. Pas de rouge. C’est sans doute parce que moi, Marguerite Duras hein, euh…

  10. Flo Bretzel dit :

    Les mémoires d’Hadrien, un livre reçu en cadeau à la naissance de mon petit pirate, Hadrien de son prénom. A l’époque, pas beaucoup de temps. Il faut que je le retrouve…et que je lise.

  11. stelladelarhune dit :

    oui aussi carrément Duras,
    et pas pour mon Aquitaine, ni pour ce vin pas forcément terrible,
    mais parce que elle ecrit carrément bien!!

    mais je suis aussi comme Cléa: je vis intensément la marguerite vapeur!!!!!!!!!

    merci d’avoir fait des poires au vin , et pas la tartouille poire belle helene qui m’enerve!!!!!!
    (stella c’est mon personnage de blog, mais en vrai je m’appelle…!!!!)

  12. kiki dit :

    Ca tombe bien j’adore Marguerite Duras. En lisant la bio de Duras m’a rendue totalement addict. Votre site est génial….. je vous donne l’adresse de mon site d’adresses de restaurants… si le coeur vous en dit… http://besofood.com

  13. eva dit :

    Difficile e choisir entre ces deux-là de Marguerite, mais en attendant, je veux bien goûter les poires ….

  14. anne dit :

    Elles sont vraiment très très jolies tes poires. Idéales pour terminer un repas un peu trop copieux.

  15. Patrick CdM dit :

    “Si tu veux faire mon bonheur Marguerite”. Oui je sais, çà ne vole pas culturellement aussi haut que Duras et Yourcenar, mais le côté ringard des poires au vin rouge je l’aime tout autant et je l’assume pareil!
    C’est vrai aussi que je n’ai jamais trouvé de Côte de Duras à mon goût, en général les poires je les poche dans un gamay, genre Morgon…

  16. Mijo dit :

    Un billet que j’aime beaucoup.
    Je connais plus Duras que Yourcenar.
    Quant aux poires, j’en ai parfois la forme et l’esprit. La poire attitude quoi !! Mais c’est un fruit que j’aime et qui regonfle mes batteries neurologiques.

  17. lory dit :

    une bonne recette, qui me rappelle ma maman..!

  18. Esterkitchen » Archive du blog » La compote des fées - ou que faire avec un reste de vin, épisode 2 dit :

    […] semblent sans fond, alors que les exquises semblent toujours de taille réduite. Me souvenant de l‘expérience estivale des poires au vin, j’ai tenté une compote tout simple, mais toute magique, sans autre sucre que celui du vin. […]

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