2012, année nationale de la lentille – la moujaddara de Sophie Brissaud

2012, année des vannes pourries : qui n’y est pas allé de son « good niouze », « shoes », « flouze » ? Si vous avez reçu des « partouzes », de la « loose » ou pire encore, du Michel « Sardouze » ou « Kermouze », posez-vous des questions sur vos amis Facebook, et faites un petit tri peut-être.

Il faisait froid dans l’appartement quand nous sommes rentrés du grand chelem des vacances-en-famille-aux-deux-coins-de-france. Nous étions le premier janvier, et petite tradition chère à mon coeur, j’aime servir des lentilles ce jour-là. Déjà, parce que tout le monde aime cela à table. Et puis parce qu’avec un frigo quasi-vide, c’était parfait. Parce que comme tous les mois de janvier, j’entreprends un grand destockage de placard (et avec mon job, on y trouve parfois des choses plus qu’étranges qu’il faut bien liquider). Et qu’en Italie, et dans le Sud de la France, on dit que c’est ce qu’il faut manger pour ne jamais manquer d’argent au cours de l’année qui vient. En temps de crise, j’espère que tout le conseil des Ministres s’est plié à la tradition.

La modeste lentille, voilà ce qu’il nous faut pour 2012. Une empreinte carbone minime, une pousse sur des sols arides, une universalité merveilleuse, une diversité de couleurs bienvenue, une teneur en protéines à faire pâlir un carnivore. Poussée par nul syndicat, aucun concours visant à me faire gagner un tablier ridicule ou un voyage au merveilleux pays où poussent les légumineuses, je l’affirme sans lobby : la lentille, c’est l’avenir de l’alimentation.

Les enfants étaient en train de jouer avec toutes leurs merveilles ramenées dans des valises plus hautes que moi -quasi- et moi je méditais donc, assise sur la machine à laver, sur comment accommoder mes lentilles lorsque je vis passer ce mot de Sophie Brissaud : « Pour célébrer le Nouvel An et favoriser la prospérité, je fais une moujaddara palestinienne. Riz et lentilles, oignons caramélisés, un dosage d’épices selon l’inspiration (cumin grillé, fenugrec, poivre noir de Penja, gingembre en poudre, curcuma, 1 pincée de safran du Maroc). Bientôt sur mon blog, avec photos sommaires (dans le sens de la « leçon de guitare sommaire » de Boby Lapointe). »

moujaddara

C’était exactement ça qu’il me fallait : un plat unique, généreux, ensoleillé,  plein de sens et de vie. Et du Boby Lapointe  (je ne comprends pas pourquoi l’auteur de « La Maman des Poissons » n’est pas au Panthéon, alors que Stone et Charden ont bien, eux, la Légion d’Honneur).  Car Sophie, j’avais déjà quelques-uns de ses livres avant d’imaginer écrire une ligne. Et quand j’ai enfin compris qu’elle était Ptipois, je me souviens bien combien j’en fus heureuse, de la savoir ainsi à portée de souris, et toujours garantie sans feuille de menthe. Jamais complaisante, toujours précise et exhaustive, et une rigueur qui ne va qu’avec sa générosité. J’espère bien qu’elle va en rougir derrière l’écran, mais on pourrait la surnommer Uncle Bens. Pour la simple raison qu’il est (presque) impossible de la coller sur quelque chose qui se mange -encore plus si c’est chinois ou du bout du monde. Et que l’écouter parler cuisine est un voyage garanti 100% plaisir. Je lui ai demandé la permission de lui chiper son idée de recette, bien sûr. Parce qu’il n’y a rien de plus joli pour commencer l’année que de faire voyager une recette de famille en famille, de tradition d’un pays à un autre, d’une cuisinière à une autre.

Car la cuisine, comme le temps et l’amitié, n’a ni frontières, ni papiers.

La pas tout à fait moujaddara inspirée par Sophie
250 g de riz basmati
Une boîte de lentilles au naturel*
1 c. à café de poudre des vertus d’O.Roellinger (à défaut 1 c. à café de curcuma)
1/2 c. à café de cumin
1/2 c. à café de gingembre
1 gousse d’ail (je ne crois pas que la moujaddara en contienne… mais je n’ai pas résisté)
Sel fin, poivre noir
2 oignons doux des Cévennes
Huile d’olive
Pour servir : yaourt à la grecque ou yaourt au lait de brebis

Pelez et émincez finement les oignons. Faites-les caraméliser avec une bonne rasade d’huile d’olive dans une cocotte en fonte.
Réservez-les, puis faites dorer le riz dans l’huile restante, ajoutez les épices et faites-les légèrement torréfier. Recouvrez d’eau chaude, ajoutez l’ail en chemise, salez et laissez blobloter. Pendant ce temps, rincez les lentilles et laissez-les s’égoutter.
Ajoutez-les 2 mn avant la fin de la cuisson pour éviter qu’elles ne se réduisent en purée.
Mélangez le riz aux lentilles avec les oignons caramélisés et servez coiffé d’une généreuse cuillère de yaourt.
Touillez avant de déguster avant de vous émerveiller de la magie de l’oignon caramélisé, de la suavité du yaourt, et jurez de refaire ce plat avant le nouvel an 2013.

* normalement, j’aurai fait cuire riz et lentilles vertes ensemble. Mais dans ma mission vide-placard, il y avait cette boîte de lentilles -achetée pour figurer sur une photo- que je jugeais bon de liquider avant de fabriquer moi-même de la toxine botulique maison.

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