La glace au lait d’amandes de Juliette Baudic - vive les femmes et les anti-manuels de cuisine

Certains aiment à penser que la cuisine est une science exacte, qui se compose de gestes justes, de recettes exactissimes au gramme près, et de vérités éternelles.

Si de l’exactitude et de la rigueur sont souvent nécessaires -surtout en pâtisserie-, qui n’a pas été régulièrement surpris par le plaisir d’une panisse croquée au coin de la rue, dont la pâte avait été préparée à l’oeil ? Qui n’a pas par hasard amélioré une recette ordinaire… et jamais réussi à retrouver ce goût inédit, né de la fortune ?

Vous me direz que peut-être là gît la différence entre cuisine et gastronomie.

****Attention, digression féministe****
Quelqu’un m’a froidement dit un jour que la gastronomie était une affaire d’homme et la cuisine une affaire de femme. Une lecture fort intéressante ( Histoire des Cuisiniers en France au XIXème-XXèmede Robert Drouart) me confirma que ce sujet était déjà présent depuis bien longtemps, poursuivant également les mères lyonnaises. Il semble que régaler avec des produits de luxe, une brigade militaire et une inventivité forçant l’admiration soit une affaire d’hommes -qui cuisinent plus pour s’éblouir les uns les autres, tiens prends-toi cette technique, tu l’as vu mon sublime cromesquis au goût top-secret- et que régaler en 20 minutes chrono, avec un budget riquiqui, peu de places et juste deux bras, soit quelque chose de méprisable.

Et pourtant, tous ces chefs n’ont-ils pas justement été nourris de cuisine de ce genre ? Quand on voit le succès du gâteau de la maman de Jean-François Piège, on tient une bonne partie de l’énigme. L’on s’empresse de s’extasier sur les femmes-chefs… au lieu de trouver absolument anormal voire étrange leur si petit nombre : que l’on réfléchisse donc au poids des casseroles de cuivre et de la tradition…
Et voilà pourquoi la cuisine “n’est pas une affaire de femme”. Tu sais ce qu’elle te dit la Mère Brazier ?

Alors gloire aux Hommes qui s’aventurent sur le terrain du domestique, du quotidien, sans nous donner de leçon. Merci à Tit’, Dorian, Patrick, Grand Chef, Estèbe et tout ceux que j’oublie, qui nous montrent leurs casseroles quotidiennes et qui font avancer le débat. combat.

***** Fin de la digression, merci de votre attention******

Mais bref. Revenons à nos casseroles, puisque femme je suis, fière de l’être je suis, et plutôt heureuse d’être derrière mon fourneau pour donner de la joie à ceux qui partagent ma vie. Enfin non, revenons au sujet de départ : le livre de cuisine. Qui n’est pas un livre de recettes. Autrement dit, une denrée rare (et j’avoue sans aucune honte avoir commis des livres de recette).

Car apprendre le plaisir de cuisiner et transmettre une intuition n’est pas chose facile.

Alors se retrouver face à un livre de chef ET de sa femme (Jean-Marie et Juliette Baudic du Youpala Bistrot de Saint Brieuc, 1* pneumatique), qui a le culot de NE PAS DONNER DE RECETTES, voilà qui ne pouvait que me faire réfléchir. 5 sessions de photos où les recettes ont été improvisées en direct live, Madame se chargeant de la partie sucrée. Au final, une photo, et quelques indications sur le choix des ingrédients, le pourquoi, le comment, les alliances qui marchent. Une mine d’idées en fait.

Ca fait plaisir de voir enfin l’essence même de la cuisine s’affranchir des débats pour débouler toute fraîche et toute nue dans l’assiette. Quand c’est bon, pas besoin de geste juste ou de grandes explications : l’évidence parle de soi.

J’ai tout de suite utilisé une tout simple indication de Juliette Baudic pour réaliser une enfantine et délicieuse glace au lait d’amandes, sans goût de colle Cléopâtra. Il fait partie d’un dessert qui sera bientôt de saison, accompagné d’abricots pochés à la fleur d’oranger, sucre tiré et quinoa soufflé. Vous avez l’indication, à vous de jouer !

Glace au lait d’amandes de Juliette Baudic

Mélanger ensemble 0,5 l de lait d’amandes (en magasin bio), 20 cl de crème liquide et 80 g de sucre.
Passer en sorbetière.

Recette extraite de Osez, anti-manuel de cuisine, de Juliette et Jean-Marie Baudic, photos d’Amaury Grisel, paru aux Editions Menu Fretin.

Ce livre m’a été adressé en service de presse.

14 commentaires pour “La glace au lait d’amandes de Juliette Baudic - vive les femmes et les anti-manuels de cuisine”

  1. Cathy dit :

    O combien vrai et bien dit ! et pan dans le bec des donneurs de leçon qui méprisent la cuisine des “ménagères”
    je vais regarder si je le vois chez mon libraire ce livre, c’est tout à fait ce que j’adore

  2. mercotte dit :

    trop drôle j’ai vraiment failli l’acheter chez Débo avant hier !! il est superbe en plus ! Mais j’avais déjà dépassé mon budget de la journée! bon en dehors de ça j’adore ton style !

  3. Clea dit :

    Qu’il est agréable de ne rien ajouter en se disant : “tout a été dit !”

  4. Le confit c'est pas gras dit :

    Bravo Estérelle de Beauvoir ! Il me semble de toute façon avoir perçu, pour ceux que j’ai rencontrés en tout cas, que la plupart des grands chefs (les vrais, les gourmands, les amoureux) sont loin de mépriser la cuisine familiale des mamans. Comme tu le remarques avec Piège, c’est tout le sens de son “Côté Crillon, côté maison”. Idem pour les “Méditerranées” de Ducasse (celles au pluriel, les “petites”), “Ma cuisine” de Dutournier et tant d’autres encore.

    L’idée du livre est tout simplement géniale, et encore un sorbet qui va éblouir mon été s’il arrive un jour :-)

  5. Anne (Papilles et Pupilles) dit :

    Il avait été cité dans le Kiki …. mon livre chouchou et il m’avait fait sérieusement de l’oeil. Je l’avais en alerte sur Price Minister mais je crois qu’après tout cela je vais l’acheter sans attendre. Je vais peut être même en prendre 2 dès fois qu’il soit un peu lourd, histoire d’en prendre un pour taper sur la tête de certains ;)

  6. Débo dit :

    C’est notre meilleure vente de livres du côté des pros depuis sa sortie. Un travail magnifique et effectivement un livre de cuisine, pas une compilation de recettes !!!

    A conseiller à tous les passionnés !! Mercotte, pas de soucis, on l’a toujours en stock donc pour la prochaine fois ;-)

    Il est effectivement assez cher (50€) mais c’est vraiment un investissement qui vaut le coup (j’ai craqué d’ailleurs pour l’avoir à la maison à disposition et non pas seulement à la librairie entre 2 clients)

  7. gracianne dit :

    Joli eloge de la simplicite, quel billet rafraichissant et juste.

  8. Patrick CdM dit :

    Merci pour cette glorification, cela fait toujours du bien un lundi matin, mais ne t’enflammes pas pour autant, je n’ai toujours pas voulu apprendre à repasser (OK, je repars au bistrot, c’est pas le bon article pour sortir ce genre de propos macho).

    Je crois toutefois que j’arrêterai de vouloir tenter des trucs en cuisine, d’écrire sur et autour de mes recettes, le jour justement où la cuisine deviendra une routine domestique. Pour l’instant, ce n’est qu’évasion, découverte et liberté, même dans les petits plats au jour le jour.

    Le vraie gloire, elle doit aller aux femmes qui avec peu de moyens, peu de produits “intéressants” à portée de main et souvent encore moins de temps, parviennent à faire correctement manger leurs familles. On voit peu de mecs dans ce job, évidemment. La seule nuance est là, faire à manger est une contrainte, faire la cuisine, un plaisir.

    Après, dire que les grands chefs sont des hommes, c’est juste qu’il fut un temps où le corporatisme, la dureté du métier et le poids des gamelles ont tenu les femmes à l’écart. Quelle connerie, elles apportent à la “grande” cuisine la sensibilité que n’ont que peu de mecs, c’est d’ailleurs tout aussi vrai dans l’élevage du vin, qui fut longtemps un apanage masculin, temps révolu…

    J’en termine avec ta recette, il n’y a que toi (et Mathilde) qui parviennent à me faire regarder le sucré d’un autre oeil, juste deux ou trois ingrédients, et c’est un trait de de douce évidence.

    PS : J’ajoute que pour un type esseulé comme moi, un blog de cuisine, c’est quand même mieux que Meetic (Naaaan, pas sur la tête!)

  9. Estèbe dit :

    Oui, gloire à moi.
    Louable et partagée, l’humeur féministe.

  10. Cathy dit :

    il est trop bien ce billet, çà fait du bien dans ce monde de cons
    je vais le mettre en avant-propos sur mon blog - (si j’y arrive)

  11. Tit' dit :

    Bah vas-y, fais comme chez toi, te gène surtout pas pour moi, pendant qu’t'y es, traite moi d’larbin encore ! Nan mais, “domestique”, “domestique”, j’t'en fout’rais moi du “domestique” !… Et pis, qu’es-ce t’as contre les domestiques, d’abord ? Ils cuisinent très bien les domestiques, parfois mieux que les bonniches, tiens !…

    Comment ça ? Je suis hors sujet ?…

    ;) Hihihi ! Tu m’étonnes !

    Nan, nan, gloire à toi, Ester, le premier blog culinaire que j’ai découvert et qui m’a donné le goût d’y revenir et d’aller découvrir qui se trouvait à ta porte : des Mercotte, des Pascale, des Cléa, des Dorian !… Et tant d’autres !

  12. flo dit :

    Hello Esterelle,
    Tes billets sont toujours aussi drôles et intéressants, j’adore. Ma sorbetière est au placard en ce moment pour mille raisons mais des que possible je vais me mettre à faire tes recettes de glaces et sorbets: entre le sorbet au citron et celle-ci, je ne sais pas par quoi commencer! Plein de bises!

  13. Requia dit :

    Rien à ajouter, tout est dit dans le billet et/ou les commentaires …

  14. dumè dit :

    fine mouche & belle plume !
    excellente journée ;

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