Beurre aux fleurs, selon Jean-Baptiste Grenouille (Le Parfum, Patrick Suskind) – Un inédit des Criminels passent à table

Parfois, il faut faire des choix, des coupes, des réajustements lors de l’édition d’un ouvrage -et c’est bien meilleur à la dernière minute, quand le chemin de fer est calé et le livre presque sous presse.

Pour d’obscures histoires de droit, Jean-Baptiste Grenouille, extraordinaire serial-killer du Parfum de Patrick Süskind, ne figure hélas pas au casting des Criminels passent à table, à mon grand regret. La recette imaginée ici pour ce personnage est un beurre aux fleurs, qui reproduit la technique de l’enfleurage à froid utilisée par Grenouille pour capturer l’odeur subtile des jeunes filles. Mais puisque le texte est resté dans mon tiroir, autant vous en faire profiter !

JEAN-BAPTISTE GRENOUILLE

Jean-Baptiste Grenouille n’a pas d’odeur… mais il a un nez exceptionnel. Son talent l’amène au meurtre, pour le bonheur de conserver l’odeur si belle d’une jeune fille de Grasse, pays des parfumeurs où sont extraits selon diverses techniques les parfums éphémères des fleurs environnante. L’enfleurage à froid, où les substances odoriférantes sont retenues par des corps gras, nécessite la plus grande maîtrise technique… pour le résultat le plus subtil, le seul apte à capter l’odeur de 24 vierges.

En effet, les fleurs ne sont pas utilisées qu’en parfumerie… Nous en consommons parfois sans le savoir : ainsi, le safran n’est-il que le pistil d’un crocus –certes, fort cher : de 8 à 10 euros le gramme, car il faut 150 000 fleurs pour obtenir 1 kg de safran. Mais les fleurs de courgette, délice de la région niçoise, se dégustent en fragiles beignets, tout comme les fleurs d’acacia, sans oublier les capucines et les soucis dont on peut faire toute une salade. Attention toutefois : ne consommez que des fleurs non traitées (exit celles achetées chez le fleuriste…) et ayez votre flore à portée de main avant toute cueillette sauvage. Oubliez le muguet (même en décoration) et le magnolia, entre autres : une erreur fatale est si vite arrivée…

« Baldini ne s’en tenait pas à ces produits de cosmétique classique. Son ambition était de réunir dans sa boutique tout ce qui sentait d’une façon ou d’une autre, ou bien avait rapport avec l’odorat. C’est ainsi qu’on trouvait chez lui tout ce qu’on pouvait se faire consumer lentement, bougies, plaquettes et rubans odorants, mais aussi la collection complète des épices, des grains d’anis à l’écorce de cannelle, des sirops, des liqueurs et des eaux-de-vie de fruits, des vins de Chypre, de Malaga et de Corinthe, des miels, des cafés, des thés, des fruits secs et confits, des bonbons, des chocolats, des marrons glacés et même des câpres, des cornichons et des oignons au vinaigre, et du thon mariné.» (Le Parfum, Patrick Süskind)

Beurre aux fleurs

200 g de beurre demi-sel
2 c. à soupe de pétales de rose (en herboristerie ou magasin bio)
1 c. à soupe de pétales de bleuet (en herboristerie ou magasin bio)
1 c. à café de romarin séché

Sortez le beurre au moins 1h à l avance du frigo pour qu’il soit mou.
Mélangez dans un bol les pétales de fleur et le romarin. Ajoutez le beurre et travaillez le mélange jusqu’à ce que les fleurs soient réparties de façon homogène. Reformez le pain de beurre et emballez-le dans du film étirable ou dans son papier d’emballage originel. Conservez-le au réfrigérateur et attendez au moins 2 jours avant de le savourer, pour que les arômes se développent.
Dégustez-en une noisette sur un poisson vapeur, sur du riz blanc, dans une purée de légumes…

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