La veille où Grenade fut prise, à sa belle un guerrier disait…(la grenade, épisode 1/2)

Grenade est à ma connaissance la seule ville qui ait le nom d’un fruit. Si Florence, selon Sartre, est la ville-fleur, Grenade est pour moi la ville-fruit, riche, rouge, juteuse et enivrante.

Elle a longtemps fait partie de ces villes mythiques de mon imaginaire à cause de son nom qui évoquait pêle-mêle des lions de pierre, des mosquées, des chants arabo-andalous, Le Fou d’Elsa, la reine Isabelle…

J’ai passé deux bonnes années à étudier Aragon et le premier vers du Fou d’Elsam’a longtemps hantée :

 

La veille où Grenade fut prise, à sa belle un guerrier disait…


Si on était sur Langue sauce piquante, je vous laisserai là en vous demandant où est la faute, mais je ne bosse pas au Monde.
Aragon lui-même donne la réponse dans la préface (elles sont toujours délicieusement titrées et très intéressantes, celle là se nomme « Tout a commencé par une faute de français ») : il faudrait dire simplement « la veille du jour où Grenade fut prise… ».

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Une ville qui a le talent magique de rendre poétique les fautes de français ne peut donc être que belle et son fruit délicieux. Mais ma mythologie personnelle a souffert le jour où j’ai compris que c’était le fruit qui avait donné son nom à la ville et pas l’inverse !

Depuis, j’ai une fâcheuse tendance à manger les grenades avec ma tête, puisque celle que l’on surnomme en provencal « miougrano » (mille graines) est -tenez-vous bien : symbole de fertilité de la Vierge Marie (pourtant, il me semble bien que Jésus était fils unique ?), symbole d’amour et de prospérité, voire même symbole de charité, c’est par excellence le fruit peace&love, et franchement la poire a vraiment l’air poire à côté (elle symbolise quoi, la pauvrette, einh ?)

Bref, ses 840 arilles ont l’air d’avoir chacune une symbolique différente, c’est un fruit compliqué, cultivé,voire un peu précieux, qu’on retrouve chez Shakespeare –celui qui trouve dans quelle oeuvre gagne un cadeau surprise !-, sur de nombreux tableaux et natures mortes…

Finalement, on peut se demander si ce n’est pas une grenade qu’Eve a tendu à Adam. Ca ne serait pas étonnant, puisque pomegranate c’est quand même une sorte de pomme. Le temps perdu à l’éplucher et à la peler a dû jouer un tour à ce pauvre Adam.C’est que le malheureux ne connaissait pas les trucs de JP !

Au rayon des produits dérivés de ce fruit symbolique, petite sélection de mon placard personnel :

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Grenade fraîche, mélasse de grenade, graines de grenade séchées

Autant j’aime, j’adule la mélasse de grenade (Rabb er’remane en libanais, robb-e anar en persan), acidulée-sucrée-sirupeuse, autant les graines séchées, utilisées surtout en cuisine indienne…buark buark…sont très amères, le tégument blanc-jaune les entourant ayant été séché avec. A céder, à qui veut, un sachet de graines de grenade séchées, état neuf, très peu servi.

A venir donc, une recette à base de grenade et de mélasse de grenade. Parce que les symboles ne nourrissent pas toujours les hommes… mais parce que parfois, ne parler que de nourriture quand on fait la cuisine, et pas de ce qu’elle représente, enlève trop de chose au goût et au plaisir !

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