Boeuf mariné au piment doux et chocolat épicé, ou comment finir une bouteille de vin (1/2)

Vous aimez les plats mijotés ? Vous aimez le vin ? Vous aimez les plats qui commencent de traviole et se rétablissent à la dernière minute ? Vous n’avez peur de rien, pas même d’une paire de moustaches ?

Au village sans concession

J’ai mauvaise réputation

Y’a souvent des bouteilles qui traînent

Tout au fond de ma kitchen

Je ne fais pourtant de tort à personne

En n’achevant pas les bonbonnes

Mais les fonds d’bouteille aiment bien

Accommoder plein d’petits riens

Parce qu’on a beau dire, même avec ces instruments géniaux qui permettent de faire le vide d’air dans vos bouteilles, c’est parfois pas gégenne. Oh j’entends les commentaires : « tas qu’à nous inviter un peu à boire des coups au lieu de te plaindre d’avoir des restes ». Certes, mais il reste un autre cas où il vaut mieux cuire le vin : bizarrement, au hasard des cadeaux, fêtes, pots and co, échoue dans le placard à vin (oui, j’ai un placard à vin, au-dessus du placard à chaussures d’ailleurs, l’agent immobilier n’a pas compris pourquoi on était en liesse à leur découverte, de la sorte chacun gère son stock) une bouteille de vin honnie. Genre, un Loupiac. Ca doit être très bon ça quand on aime, mais merci, je passe mon tour.

Tout se corse quand vous décidez sur le coup de 23h de bricoler un bon petit bourguignon. Et qu’il s’avère qu’il n’y a plus le vin rouge qui va bien. Qu’à cela ne tienne, on tente le triple salto arrière : le boeuf bourguignon plus bourguignon du tout, mariné au vin blanc doux. Va falloir relever tout ça bichette, et hop, un piment doux dont la couleur m’avait fait craquer -je suppose qu’on verra bientôt une couleur Capsicuum chez American Apparel. J’ai dû me battre férocement pour le mettre dans le casserole :

dragon-poivron.jpg

Pas de risque, ce petit piment était en fait un doux poivron bien parfumé, qui remplit bien son office dans la marinade. Quant au boeuf au vin blanc, ma foi, c’est pas mauvais, et une saveur en appelant une autre, le bourguignon s’est au final transformé en vague mole poblano remixé, l’adjonction de chocolat épicé (fallait éviter la péremption du Xocopili) permettant d’épaissir et relever la sauce que je trouvais un chouille pâlotte.

Je tiens encore une fois à remercier ma fidèle cocotte Staub pour ses bons offices de mijotage, ce coup-ci au four. Ceci n’est pas un billet sponsorisé par Staub, mais je me permets de leur faire noter que si jamais ils me lisent, du côté de Turkheim, j’ai une trèèès petite cocotte ronde rouge et une trèèèèès grande ovale, et que ma foi une moyenne me ferait fichtre bon usage. Avec tous les mijotages qui traînent ici (et une blanquette, et tiens un boeuf à la Guiness, voire même une queue de boeuf, baisse-toi v’la le peposo) je mériterai une cocotte d’honneur. Ce qui est préférable à son poids en cocotte, n’est-ce pas.

La prochaine fois, je vous raconterai ce que j’ai fait avec ce qui restait ENCORE dans cette inépuisable bouteille de Loupiac. Faut pas gâcher.

boeuf piment

BOEUF MIJOTE AU PIMENT DOUX ET CHOCOLAT EPICE

1,2 kg de boeuf à bourguignon

1 côte de céleri

2 carottes

1 petit piment doux et parfumé

1 bouteille de vin blanc moelleux

Bouquet garni, sel et poivre

Pour la liaison

8 boules de Xocopili (ou 4 carrés de chocolat à 70% de cacao et une 1/2 c.à café de piment d’Espelette)

1 cuillère à café d’arrow root (à défaut, de maïzéna)

48h avant : lavez, pelez et émincez finement les légumes (ôtez bien les graines du piment). Dans la cocotte, mélangez le boeuf coupé en morceaux d’environ 5 cm, les légumes, le bouquet garni et les 3/4 de la bouteille de vin. Réservez et laissez mariner.

24h avant : glissez la cocotte au four –ça muscle les bras, einh-, réglez-le sur 120° et laissez cuire 3h. Pendant ce temps, prenez un bain, construisez un train, faites vous les ongles, relisez Julien Gracq, et laissez ce pauvre boeuf vivre sa vie. Laissez la cocotte dans le four éteint une fois le temps de cuisson terminé, vous vous éviterez des efforts inutiles (attention, cuisine fraîche et hivernale requise).

1h avant le repas : appelez votre fiancé pour lui dire d’allumer le four sur 120°. C’est magique, en arrivant 10 min avant vos invités, il ne vous reste qu’à sortir la cocotte, la déposer sur feu vif et faire réduire la sauce (si nécessaire). A ébullition, ajoutez le Xocopili et mélangez. Délayez l’arrow root dans un peu d’eau, ajoutez en filet dans la cocotte pour que la sauce nappe et épaississe joliment sans coller (j’adore la texture de l’arouroute dans les sauces, oubliée cette saleté de Maïzéna pâteuse).

Au moment de servir : appelez l’homme pour soulever la cocotte et éviter d’écailler votre vernis (celui que vous avez pu faire la veille peinarde vu qu’il n’y a presque rien à faire dans cette recette).

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