Scorsonère mon ami tombé dans une marmite de fusion-food… la fin de la saga des légumes oubliés

Longtemps j’ai cru que le salsifis poussait dans des boîtes uniquement (voire des bocaux). Son goût de carotte javélisée, voire anémique, ne m’inspirait pas grand chose (comme dit Desproge de l’endive, « sa saveur rappelle à l’amnésique qu’il a tout oublié« ). A part un recul très net et une grimace de dégoût.
Et un jour, j’ai trouvé des cannes à sucre noires de terre chez le marchand de légumes… Mais qu’est-ce que c’est donc que ce truc ?

salsifis
Photo Aprifel – Le truc tout moche devant, c’est ça !

Des salsifis frais, pardi ! Enfin, salsifis, c’est vite dit…
Il s’avère que l’on consomme en fait plus de scorsonères (racines noires) que de « vrais » salsifis (racines blanches) et que les deux espèces sont devenus en fait synonymes (sauf au scrabble, où des mots pareils en jettent), mais dans 90% des cas, on consomme des scorsos plutot que des salsifis.
De facto, mettez des gants pour les peler, il en sort un jus collant et grisâtre à souhait qui peut vous tatouer les mains façon henné gris. Et pour leur éviter de noircir, vos morceaux doivent jouer les Esther Williams dans un bain d’eau citronnée ou vinaigrée.

Mais ça en vaut sacrément la peine. Autant je trouve les salsifis en conserve sans intérêt, autant là… sur le cul(si, si, au moins) ! Fin, fondant et ferme à la fois, une pointe d’artichaut, une touche de crème, un vrai délice.

Pour les cuisiner, l’eau ou la vapeur est un passage obligé, avant de leur choisir un assaisonnement à la mesure de leur finesse. J’avais hésité à les faire longuement, lentement mijoter dans un bon fond de veau bien onctueux… mais un vent de folie asiatique en a décidé autrement, et zut, voilà quand même un plat de réveillon, il y a des crevettes dedans !

Sans le savoir, j’ai fait un accord linguistique qui s’imposait de lui même, puisqu’en anglais on dit aussi oyster plant pour désigner ce légume… Néanmoins, dans ma bouche, aucune trace de ce soit-disant goût d’huître, mais le crustacé lui siet bien, contrebalance sa potentielle fadeur.

Qui sait à quoi ressemblerait une perle de scorsonère, donc ? Ce serait certainement une perle noire…

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Assiette Luminarc

Scorsonères sautés aux crevettes et nouilles chinoises
Pour 2 étonnés (mais c’est que c’est bon, le salsifis frais,mon bon monsieur)
5 tiges de scorsonères bien terreuse (plus de fun à nettoyer)
1 sachet de gambas décortiquées « ail et persil » Leader Price (j’assume, elles sont délicieuses)
1 poignée de nouilles chinoises aux oeufs
1 cuillère à café de gingembre râpé
Huile de sésame

Peler les scorsonères (n’oubliez pas les gants), les plonger dans un saladier d’eau vinaigrée. Les couper en tronçons, les faire pocher (dans un bouillon ou simplement à l’eau salée) jusqu’à ce qu’ils soient tendres (comptez de 15 à 20 mn).
Pendant ce temps, faire cuire les nouilles à l’eau bouillante salée, les égoutter.
Faire sauter au wok les gambas, puis ajouter les scorsonères et enfin les nouilles. Saupoudrer de gingembre et laisser croustiller en tournant allégrement.
Au moment de servir, ajouter quelques gouttes d’huile de sésame…pour lui laisser tout son parfum.

Après vous avoir infligé topinambour, cerfeuil tubéreux puis scorsonère (dorénavant scorso pour les intimes), je reste à la recherche d’une recette potable de rutabaga. Cet hybride infect de chou et de navet n’a jamais trouvé grâce à mes papilles (pourtant, j’aime le chocolat blanc, qui a été inventé aussi pendant l’occupation, comme quoi !). Que le premier qui ait réussi à en faire un truc digne d’intérêt m’en envoie un échantillon, j’accepte de revenir sur mes mauvaises expériences ! En plus, comme cadeau de Noël, une recette, ça fait toujours plaisir !

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