L’Angelot existe encore (ne pas toujours croire les livres), et vive l’épicerie de Terroirs d’Avenir !

J’avais toujours lu dans les livres consacrés au fromage que le Coeur de Neufchâtel (fromage que j’apprécie particulièrement) avait pour ancêtre un fromage dénommé « angelot », par déformation d’augelot (= du Pays d’Auge). À moins que ce ne soit l’inverse, puisque j’ai lu les deux versions…

J’avais froncé les sourcils en retrouvant la même histoire sur le livarot – cherchant ce que ce fromage particulièrement empuantant pouvait avoir d’angélique, mais j’ai mauvais esprit (pour les amateurs de bons mots, un fromage « livaroté » sent l’amoniaque, défaut du livarot trop avancé). Vous me direz merci lors de votre prochaine partie de scrabble, ce nom-là n’est pas commun. En conclusion, l’angelot m’était apparu comme un archétype fromager, un peu comme l’indo-européen pour les linguistes : une hypothèse de travail qui doit avoir existé, une racine commune estompée à tous les fromages normands, mais pas quelque chose à déguster un jour, à moins d’inventer une machine à remonter jusqu’au Moyen-Âge.

Et puis Terroirs d’Avenir (vous savez, les gars qui avaient ce si bel étal et qui avec leur camionnette ont fait le tour de tous pleins de petits producteurs pour trouver de trop bons trucs parfois en voie de disparition qui se sont retrouvés à la table de grands chefs et que parfois ça fait name dropping alors que nada, c’est juste des fous de bons produits) a ouvert sa boutique il y a quelques jours, et en en franchissant le seuil j’ai su que j’étais fou-tue.

Trois petits cris à la minute.

« Ooohhh qu’elle est belle la Coucou de Rennes » (punaise à 12,5 euros le kilo mais pourquoi, pourquoi ne suis-je pas à Paris à Noël ?), « quooooa de la crème de Borniamduc ?? » (cherchez pas, y’a pas meilleur), « ahhh au secours du chorizo de porc noir de chez Matayron » (pitié), j’en pense et des meilleures.

La scène de l’orgasme de quand Harry rencontre Sally version culinaire, quoi. Avec des fruits, des légumes, de l’épicerie bonnasse, un peu de volaille, et puis…

… et puis, et puis au rayon de la crèmerie, je l’ai vu tout simple dans son papier. Vêtu de probité candide et de lin blanc, si j’osais. Un grand carré un peu plat. J’ai zyeuté l’étiquette : « Angelot d’Émeric Leprovost« . Et j’ai levé les yeux vers Samuel.

Tel Indiana Jones découvrant le Graal ou un botaniste face à une espèce inconnue,  je lui demandais : « mais… il existe encore, ce  fromage ?« . Bing. Par terre tous les dictionnaires. Après être allé chercher au Canada des ancêtres des races normandes pour retrouver le goût originel de leur lait -les races évoluent dans le temps et sont sélectionnées selon leurs compétences lait ou viande, pour simplifier, donc les normandes actuelles sont bien différentes des normandes d’il y a quelques siècles -, il s’est mis en tête de fabriquer cet ancêtre des fromages de Normandie. Goûtez-le, et vous comprendrez pourquoi mon métier est difficile, parce que le goût, l’histoire et l’émotion sont étroitement entrelacés. C’est je crois la bouchée de fromage qui m’a le plus émue de l’année.

Chou de PontoiseDes histoires comme ça, il y en a des dizaines dans toutes la boutique. De bonnes choses simples, bonnes et sincères. Un Eataly version française miniature, genre. Forcément on pense à POS côté 11ème. On se dit qu’il est donc possible de faire bon, simple et juste. De faire vivre des producteurs. Rien qu’en regardant les légumes, comme ce chou de Pontoise (on cherche presque un bébé rose et joufflu entre ses feuilles), on a envie de le cuisiner. Et encore, vous n’avez pas vu le chou d’Aubervilliers, qui renvoie le kale dans ses gonds. On a encore envie de tout goûter et de tout cuisiner.

A guetter : l’ouverture en face de la poissonnerie (vers le 15 janvier)…

Que ce lieu soit préservé des foodistas en furie, car nul n’entre ici s’il n’aime pas la cuisine avec sincérité et l’humilité face au travail de l’agriculteur chevillé au coeur et aux pieds.

 

 

Epicerie Terroirs d’Avenir
7 rue du Nil
75002 Paris

A lire aussi : la visite du Painrisien à l’épicerie.

PS : seul endroit où j’ai jamais pu voir salsifis et scorsonères réunis. Les voici tous les deux en photo, qui est qui ?

Salsifis et scorsonères

 

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