Une tarte au citron très jalousée (mais néanmoins académique)

J’ai la création difficile et l’angoisse de la page blanche. En prépa, j’attendais toujours l’ultime moment pour pondre mes dissertations (de dix-septs pages au bas mot, thèse, antithèse, synthèse…), de préférence dans le couloir, assise devant le chauffage. Ecrire devant un bureau, vous n’y pensez pas ! Encore aujourd’hui, magie du portable, j’écris n’importe où, de préférence en boule sur le canapé, assise dans le lit ou debout devant la cheminée.

En cuisine, c’est un peu pareil. Je sais faire des trucs compliqués, réussir des choses que l’on pense parfois ratables, comme ces soufflés de triste réputation non méritée, et rater des trucs enfantins. Ainsi, à ma grande honte, je maîtrise la pâte à chou depuis deux mois, grâce à un truc absolument inavouable : faut la travailler avec les doigts, à la Nigella.

Il en était pareil pour la tarte au citron, jusqu’à ce jour…

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Ce moule à tarte, je l’adore, il fait toujours très chic alors qu’il est super simple, un vieil achat effectué chez Résonances (bien avant qu’ils ne se consacrent qu’aux simulateurs d’aube). A sa vue des réminiscences littéraires s’emparent de mon cerveau un peu embué (à moins que ce soit mes lunettes qui sont sales ?)…

On réalise dans ce moule une tarte aux pommes recouverte d’un fin grillage que l’on nomme donc jalousie, en référence à la fenêtre. Pour moi, cela se nomme donc un moule à jalousie (au lieu d’être un « moule à tarte rectangulaire« ), et par extension, le moule à gâteau préféré de Robbe-Grillet. Oui oui, Alain, l’académicien : bon, pour une fois, ce n’est pas un grand cuisinier ou un pâtissier dont on parle ici, mais bien d’un écrivain réputé très chiant (et qui l’âge venant a fait des déclarations regrettables).

Quoi qu’il en soit, j’aime beaucoup son roman La Jalousiequi joue sur les deux sens du mot (le sentiment, la fenêtre, vous suivez ?).
C’est peut-être un des rares ouvrages du courant « nouveau roman » qui ne me soit pas tombé des mains, et en préparant cette tarte, j’ai compris que finalement, lorsque j’étudiais ce malheureux livre, je devais déjà y voir déjà quelque chose de culinaire… On est toujours rattrapé par son destin !

Pour en revenir à notre tarte, il vous faudra moins de temps pour la faire que pour lire ce roman (sauf si comme ma soeur vous haïssez les nouveaux romans et les jetez à la première page)… Et attention à la dégustation, elle est à réserver au citro-addicted, comme Cléa, Camille ou Estelle !

Elle répond à plusieurs critères (amis des contraintes, bonjour) : pas de beurre (y’en avait plus), des oeufs entiers (pas envie qu’il me reste un blanc d’oeuf au frigo, je ne mange de macarons que siglés Mercotte ou Hermé; j’assume !) ; surtout pas de meringue (le bruit du batteur réveille Virgile), donc un volume de crème assez important.Et enfin, une bonne caramélisation, avec un dessus genre « crème brûlée ».

Ceci m’amène à penser que l’Académie Française devrait fortement penser à recruter dans ses prochains membres un cuisinier ou un pâtissier. J’imagine très bien notre ami P.H en habit vert, quelle serait la forme de son épée ? Un éclair géant ? Les boutons, en forme de macarons ? Au moins, les thés qui accompagnent les réunions de préparation du fameux dictionnaire serait savoureux. Si un candidat à la Présidence m’écoute, je pense que cette proposition (un pâtissier à l’Académie) est susceptible de faire parler d’elle.

Si vous n’avez pas envie de la faire, si vous en avez rien à cirer de Robbe Grillet et des académiciens, si vous n’avez pas envie de voir Pierre Hermé avec un bicorne, et si par chance vous habitez Marseille, la meilleure tarte au citron meringuée reste toujours (jusqu’à nouvel ordre, j’attends des infos si vous en avez) celle de la Pâtisserie Aixoise, rue Francis Davso, juste derrière l’Opéra.

Qui a dit que je faisais du parisianisme dans mes adresses (dans les jours qui viennent, vous allez être servis, j’anticipe juste ) ?

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Tarte jalousemment citronnée
Pour un moule à jalousie, il vous restera de la crème, si vous utilisez un moule à tarte de diamètre 26 cm, il sera rempli pile poil
1 pâte sablée toute prête ou comme ceci
4 petits oeufs
120 g de miel toutes fleurs
100 g de crème (fleurette mais ca doit être parfait avec de l’épaisse aussi)
3 citrons bio (jus et zeste)
1 clémentine bio (jus et zeste)
1 cuillère à soupe d’huile d’olive parfumée au citron (celle dont je parlais ici)
1 pincée de sel

Précuire la pâte 10 mn à 180°-200°C avec un lest (légumes secs, billes d’argiles…)

Préparer la crème pendant ce temps : zester puis presser citrons et clémentine. Mélanger les oeufs et la crème, puis ajouter les jus, le miel, l’huile d’olive et le sel. Mêler intimement sans faire trop mousser.
Verser délicatement dans la pâte et laisser cuire 20 à 30 mn, jusqu’à ce que le degré de caramélisation optimal soit atteint.
Laisser refroidir avant de déguster, peut-être en lisant ce chef d’oeuvre de cuisine et d’humour… à mettre entre toutes les mains des cuisiniers qui aiment la littérature, académiciens ou non.
Edit du 20 décembre 2009 : pour les personnes diabétiques ou cherchant à limiter leur apport en sucre, je la réalise avec une pâte sablée non sucrée, où la moitié de la farine est remplacée par un mélange de pistaches-noisettes-amandes en poudre (c’est plus rustique, mais délicieux). Le miel se remplace sans souci par le même poids de sirop d’agave (en réduisant la quantité comme je le fais d’habitude j’ai trouvé que le résultat était trop amer, donc pour une fois c’est à poids identique malgré le pouvoir édulcorant supérieur du sirop) , et j’ai supprimé le jus et zeste de clémentine au profit d’un zeste d’orange-vanille de Sicile.

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