Le brie à la vanille d’Anne-Sophie Pic, ou le fromage fait émotion

Si je lis avec gourmandise les compte-rendus gastronomiques de mes confrères et consoeurs, c’est désormais un exercice auquel je répugne.

Quel intérêt pour moi de vous raconter de A à Z le menu, à part vous procurer une dégustation par procuration ?

En allant de blog en site, en passant par Facebook ou par Foodreporter, vous trouverez absolument tout avant une visite dans (presque) tous les restaurants.

Alors puisque d’autres le font très bien, j’avais envie d’autre chose. Déguster un délicieux repas tout seul, il n’y a pas plus triste : sans personne en face, pas de miroir tendu pour scruter les émotions qui peu à peu passent sur le visage au fur et à mesure de la dégustation. Ce dont j’ai envie sur ce blog, c’est de laisser passer l’écume du temps, et de ne retenir d’un très bon repas qu’un seul élément –du décor, du service, de l’assiette, je ne m’interdit rien- qui loin d’être un détail, en devient essentiel. L’émotion et le souvenir qu’il m’en restera.
J’ai eu la chance début mai d’aller dîner chez Anne-Sophie Pic -une réservation personnelle, rien à voir avec le boulot, une interview ou quoi d’autre. Une pure volonté personnelle d’en découdre avec la cuisine de cette chef. Autant vous le dire, je n’ai pas été déçue, de rien, et le repas que j’y ai fait se place juste derrière ce mémorable moment à l’Astrance. Par un drôle de hasard et à trois semaines près, j’ai mangé à peu près la même chose que mon amie Caroline .

De ces délices (langoustine-rhubarbe, mmmmmmh), je n’en choisis qu’un, divinement étonnant, si à l’image de l’ensemble de la cuisine ici dégustée : le brie à la vanille.

A l’intitulé du plat, on s’attend à un brie fourré type brie truffé, mais d’une préparation vanillée. Que nenni. On voit arriver deux ramequins assez hauts, garnis d’une préparation mousseuse et couronné d’un délicat rond de melba toast rôti au beurre.

Déjà à ce moment, panique –on est juste avant le dessert, on a mangé cinq ou six plats, l’estomac n’est pas calibré pour continuer les agapes ad lib, dieu merci- : jamais l’on ne viendra à bout de ce bol de brie !

Et l’on y plonge pourtant la cuillère. Un étonnement dans l’œil  noir qui pétille en face de moi, qui dans ma bouche fait écho : une saveur de crème, le goût lactique et légèrement champignonné du brie de Meaux (fermier), prolongé à l’infini d’une note vanillé, un peu sur le cuir, qui le réhausse… et ne donne qu’une envie. Replonger à nouveau sa cuillère dans cette crème tiède, qui s’épaissit au fur et à mesure que l’on atteint ses profondeurs, et s’émerveiller de découvrir que la vanille non sucrée n’a plus rien à voir avec un dessert. On est bien dans l’univers du fromage, mais divinement bonifié, réinventé avec une générosité et une classe, absolument étourdissante. Ca n’avait l’air de rien, ce petit ramequin, et pourtant, que de saveurs contenues !

A la fin, c’est tout juste si je n’en n’ai pas redemandé au serveur, et j’ai dû me retenir de lécher le bol. Ce qui ne se fait hélas pas dans un trois étoiles.

Maison Pic285 avenue Victor Hugo, 26000 Valence.

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